La Chine se relève mais ne suit pas assez l’accord commercial

15 septembre 2020

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • Après l’industrie, c’est au tour de la consommation chinoise de reprendre du poil de la bête.
  • Les exportations ont enregistré des prestations étonnamment excellentes, mais les importations sont restées à la traîne.
  • La promesse visant à importer davantage de produits américains est remise en question.

En Chine, la reprise économique est meilleure que prévu. En août, le commerce de détail a réalisé pour la première fois une croissance prudente. Par rapport à la même période de l’an dernier, les ventes ont augmenté d’un demi-pour cent après sept mois de baisse. Les consommateurs chinois semblent finalement se rallier à la reprise qui était visible depuis plus longtemps dans l’industrie. En août, la croissance de la production industrielle s’est accélérée plus que prévu pour atteindre 5,6 pour cent.

Les exportations aussi se portent bien. Elles ont progressé pour le troisième mois consécutif en raison de la reprise des marchés d’outre-mer dans l’U.E. et aux États-Unis. Les entreprises chinoises profitent de la demande mondiale de matériel médical et de masques buccaux. Par ailleurs, les exportations de produits technologiques ont le vent en poupe. La chine était la première économie à mordre la poussière cette année, mais aussi à remonter la pente. L’avance prise au niveau de la reprise industrielle positionne idéalement le secteur des exportations pour récolter les fruits d’un redémarrage de la demande à l’étranger.

En revanche, les Chinois ont importé moins de produits de l’étranger au cours des deux derniers mois. En soi, c’est une bonne nouvelle pour la croissance économique chinoise, mais pas pour les relations commerciales avec les États-Unis. Au début de cette année, les États-Unis et la Chine ont signé la phase 1 de l’accord qui signifiait une pause dans la guerre commerciale qui les opposait depuis deux ans. La quintessence de cet accord était la promesse faite par la Chine d’augmenter les importations de produits américains d’au moins 200 milliards de dollars d’ici la fin 2021. De nombreux experts trouvaient ce montant déjà peu réaliste avant que n’éclate la crise du Covid-19. La récession mondiale a encore compliqué la promesse chinoise. Des calculs du Peterson Institute for International Economics révèlent qu’au cours des sept premiers mois de cette année, la Chine n’a atteint que 47 pour cent des objectifs convenus. Compte tenu de la reprise incertaine aux États-Unis, il semble improbable que les importations chinoises pourront rattraper leur retard.

Lors d’une récente vidéoconférence entre des hauts fonctionnaires américains et chinois, les deux parties ont déclaré qu’elles avaient la ferme intention de concrétiser l’accord. Une adaptation des conditions chinoises à la suite du Covid-19 n’a cependant pas lieu. Tant Washington que Pékin n’envisagent pas, en pleine récession, de jeter aux orties le traité et d’entamer une nouvelle guerre des tarifs. Mais le risque de confrontation en 2021 augmentera si le marché domestique chinois ne se redresse pas assez vite. C’est en effet nécessaire pour stimuler la demande de produits américains.



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