Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius
26 mai 2026
Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius
La guerre au Moyen-Orient dure maintenant depuis près de trois mois. Outre l’énorme souffrance humaine, cela signifie également que l’approvisionnement mondial en énergie et autres matières premières est gravement perturbé depuis des mois. La violence de la guerre a diminué alors que l’Iran et les États-Unis négocient, mais la situation reste très tendue. L’Iran maintient le détroit d’Hormuz en grande partie fermé et les ports iraniens sont bloqués par les États-Unis.
L’impact de cette situation se fait sentir partout, tant par les consommateurs que par les entreprises. La hausse des prix du pétrole, du gaz et de nombreuses autres matières premières a fortement poussé l’inflation à la consommation à la hausse ces derniers mois. Dans la zone euro, l’inflation a atteint 3% en avril, 3,8% aux États-Unis et même plus de 4% en Belgique.
Une inflation plus élevée est une chose, mais dans certains pays, surtout en Asie, l’approvisionnement en pétrole est menacé et des pénuries apparaissent. Les compagnies aériennes annulent des vols, les usines signalent de plus en plus de retards. Les perturbations ne se limitent pas à l’approvisionnement en combustibles fossiles. D’autres matières premières essentielles, notamment pour la fabrication d’engrais, sont également touchées et entraînent une hausse des prix alimentaires. Il semble probable que des pénuries apparaîtront dans davantage de produits.
Même si les négociations de paix évoluent positivement et que le détroit d’Hormuz rouvre à court terme, la situation ne se normalisera pas immédiatement. Pourquoi? Parce que les ports et les infrastructures énergétiques sont endommagés et qu’il faudra du temps pour débarrasser les routes maritimes des mines. Le rétablissement de la confiance pour utiliser à nouveau pleinement le détroit ne se fera pas du jour au lendemain.
L’inflation pourrait donc continuer à augmenter et risque de se propager de l’énergie à l’alimentation et à d’autres catégories de produits. Dans un tel scénario, la BCE (Banque centrale européenne) ne verrait pas d’autre alternative que de relever le taux directeur. La crise énergétique et les problèmes d’approvisionnement pèsent sans aucun doute sur les perspectives de croissance européenne, mais pour la BCE, l’inflation prime. Elle se verrait contrainte à baisser aussi vite que possible avant que des anticipations d’inflation plus élevées ne s’ancrent chez les entreprises et les ménages, pour reprendre un terme de la banque centrale.
Les décideurs de Francfort se souviennent très bien de la période 2022-2023, lorsque la BCE a dû procéder au resserrement monétaire le plus agressif de son histoire. Le taux de dépôt a été relevé en dix étapes de -0,5% à 4,0% pour lutter contre une inflation galopante (qui a atteint un pic de 10,6%). Par la suite, il s’est avéré que la banque centrale (en 2022) avait en réalité trop tardé à relever le taux directeur. Les commentaires récents de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, et d’autres membres du comité des taux d’intérêt, indiquent cette fois la possibilité d’une réaction plus rapide et plus résolue. Mieux vaut la douleur à court terme du remède pour juguler immédiatement l’inflation, qu’une période prolongée de prix élevés et les problèmes qui en découlent. Belfius Strategic Research s’attend donc à ce que la BCE relève le taux de dépôt de 0,75% d’ici la fin 2026, pour atteindre un niveau de 2,75%.
Sources
Reuters News
Ecb.europa.eu
Source générale: Belfius
Strategic Research
