Nouveau choc énergétique dû à la guerre au Moyen-Orient

19 mars 2026


Le conflit militaire au Moyen-Orient dure déjà depuis près de deux semaines et il ne semble pas qu’une issue soit en vue à court terme. En raison du blocus iranien du détroit d’Hormuz et des attaques contre les infrastructures pétrolières et gazières des États du Golfe, une grande nervosité règne sur les marchés de l’énergie. Par ce détroit, long de seulement 32 km, transite environ un tiers du commerce mondial total de pétrole brut et un cinquième du commerce mondial de gaz naturel. Ces livraisons sont principalement destinées à l’Asie (plus de 80 pour cent), un pourcentage moindre étant dirigé vers l’Europe.


La perturbation de l’approvisionnement énergétique mondial a fortement fait grimper les prix du pétrole et du gaz naturel à l’échelle mondiale. Le prix d’un baril de pétrole brut a atteint un pic de 120 $ ,et reste au-dessus le niveau de 100 $. Cela représente une hausse de plus de 65 pour cent par rapport au début de cette année. Le gaz est également devenu beaucoup plus cher et a augmenté de 87 pour cent sur la même période.


Les États membres de l’Agence internationale de l’énergie (notamment les États-Unis, le Japon et l’Allemagne) se sont engagés à libérer plus de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques. Cette mesure vise à calmer les marchés, mais la libération ne compense qu’en partie les barils de pétrole perdus en raison du blocage du détroit d’Hormuz.


Une grande incertitude règne quant à l’évolution et à la durée de la guerre, ce qui sera déterminant pour les effets finaux sur l’économie mondiale. Une chose semble certaine : la forte hausse des prix de l’énergie fera grimper l’inflation chez nous et pèsera en même temps sur la croissance économique. Dans le scénario de base, Belfius Strategic Research tient compte d’un conflit qui s’éternise pendant plusieurs mois.


En tant qu’importateur net d’énergie, la zone euro est économiquement très vulnérable aux chocs énergétiques. Nous nous souvenons encore de la crise énergétique de 2022 qui a plongé l’économie européenne dans une longue récession. Bien que cette fois-ci, les prix du gaz et de l’électricité aient beaucoup moins augmenté qu’en 2022, Belfius Research s’attend à nouveau à un impact négatif sur l’activité économique, quoique moins prononcé qu’il y a quelques années. Le nouveau choc énergétique est un revers pour les ménages et les entreprises, alors même que la croissance du PIB dans la zone euro semblait repartir début 2026. Outre le coup porté à la confiance, la hausse des prix de l’énergie pèsera dans les mois à venir sur les dépenses des ménages et sur les charges de fonctionnement et de transport des entreprises.
Les perspectives d’inflation doivent également être révisées en raison de la guerre. Dans le scénario de base, l’inflation des prix à la consommation dans la zone euro monte vers 3 pour cent en 2026, soit un ajustement à la hausse considérable par rapport aux prévisions d’avant la guerre. Pour la Belgique, l’effet sur l’inflation est encore plus important, car la variation des prix de l’énergie (notamment du gaz) se répercute plus fortement dans le panier d’inflation belge que dans le reste de la zone euro.


Sur les marchés financiers, on se demande comment la Banque centrale européenne (BCE) va réagir à ce mélange néfaste de croissance plus faible et de prix plus élevés. Il y a quelques semaines à peine, on entendait encore à Francfort que la BCE se trouvait dans une "bonne position", avec une inflation autour de 2 pour cent et des signes de reprise de la croissance dans la zone euro. Aujourd’hui, les responsables de la politique monétaire se trouvent dans une position moins enviable. La réunion sur les taux d’intérêt de cette semaine est probablement trop précoce pour un ajustement de la politique de taux en réaction aux événements au Moyen-Orient.


Par la suite, il est de plus en plus probable que la BCE relève les taux d’intérêt. Forte de l’expérience de 2022, la banque centrale ne perdra pas de temps pour resserrer sa politique. D’abord pour contenir les anticipations d’inflation dans la zone euro, mais aussi pour limiter les effets de contagion de l’inflation énergétique au reste de l’économie. Belfius Strategic Research s’attend donc à ce que la BCE relève le taux directeur à 2,50 pour cent au cours de cette année.

Bien entendu, personne ne sait comment le conflit au Moyen-Orient évoluera dans les temps à venir. C’est pourquoi ces prévisions sont entourées d’une plus grande incertitude que d’habitude. Ce qui semble toutefois assez certain : plus la guerre s’éternise, plus le risque que la croissance économique ralentisse et que l’inflation augmente est grand.

Sources

Reuters News

Source générale : Belfius Strategic Research

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Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius