Un optimisme prudent pour 2026.

17 décembre 2025

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius

  • Les dommages causés par la guerre tarifaire déclenchée par le président Trump au printemps 2025 ont été moins importants que prévu.
  • L’année prochaine, la croissance économique dans la zone euro se maintiendra grâce à des perspectives de croissance plus solides en Allemagne.
  • Belfius Research prévoit un recul significatif de l’inflation en Belgique en 2026, où elle devrait s’établir à 1,5 % grâce à la baisse des prix de l’énergie.

Si nous jetons un regard rétrospectif sur l’année économique 2025, un mot revient dans toutes les conversations : « tarifs ». Le président américain Donald Trump a profondément remanié les cartes du commerce mondial lorsqu’il a annoncé, début avril, une forte augmentation des taxes sur les marchandises importées aux États-Unis.

Cette décision a suscité une grande incertitude chez les entreprises et les consommateurs aux États-Unis et bien au-delà. Beaucoup redoutaient un scénario dans lequel le commerce mondial s’effondrerait et les chaînes d’approvisionnement se gripperaient, entraînant une baisse de la croissance et une hausse de l’inflation.

L’économie mondiale s’est cependant avérée plus résiliente que prévu. Depuis juin, le volume du commerce mondial est à nouveau en hausse et la croissance économique aux États-Unis, en Europe et dans de nombreux autres pays s’est maintenue. L’incertitude s’est atténuée grâce aux accords commerciaux conclus par les États-Unis avec l’UE et d’autres pays, ainsi qu’au gel temporaire de la guerre des droits de douane avec la Chine. L’éventualité d’une escalade de la guerre commerciale en 2026 s’est ainsi considérablement éloignée.

Même si tous les risques ne sont pas écartés – Trump est connu pour ses choix politiques surprenants –, les États-Unis et l’Europe affichent à la fin de 2025 beaucoup plus d’optimisme quant à l’évolution de l’économie qu’il y a un an.

États-Unis : un climat d’investissement favorable en 2026

Malgré une année politique et économique mouvementée, l’économie américaine est en passe d’enregistrer une croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) de près de 2 % pour 2025. Cette croissance est largement soutenue par une expansion considérable des investissements liés à l’IA dans les centres de données et le matériel informatique. Les analystes s’attendent à ce que la demande en centres de données reste forte dans les années à venir. De plus, le climat d’investissement sera stimulé en 2026 par une série de mesures fiscales favorables aux entreprises. La politique monétaire soutient également la propension à investir. En décembre, la banque centrale a abaissé son taux directeur de 0,25 % pour la troisième fois consécutive et elle a indiqué qu’elle poursuivra l’assouplissement de sa politique l’année prochaine.

Ces facteurs maintiendront la croissance du PIB américain l’année prochaine, même si les consommateurs se montrent un peu plus prudents dans leurs dépenses en raison du récent ralentissement de la demande sur le marché du travail.

Zone euro : une croissance plus forte attendue en Allemagne

L’économie européenne a également mieux résisté que prévu cette année, malgré les droits de douane américains. Ceux-ci ont bien sûr eu un impact négatif sur les exportations à partir du printemps, mais l’économie intérieure a mieux performé que prévu. Le PIB de la zone euro a augmenté d’un respectable 0,3 % au troisième trimestre, avec toutefois des différences importantes entre les pays. En termes de croissance économique en 2025, l’Espagne et les Pays-Bas occupent les premières places du classement, tandis que la croissance du PIB en Italie et surtout en Allemagne est restée inférieure à la moyenne.

À partir de l’année prochaine, l’économie allemande devrait toutefois commencer à rattraper son retard en matière d’investissements publics et de croissance économique. Le gouvernement Merz veut stimuler la croissance de l’économie allemande grâce à un ensemble de mesures fiscales. Outre une réduction de l’impôt sur les sociétés, les plans du gouvernement prévoient une forte augmentation des dépenses de défense et des investissements publics dans l’infrastructure. Cela devrait permettre à la plus grande économie de la zone euro de réduire l’écart de croissance avec le reste de la zone.

Les autres pays de la zone euro disposent d’une marge budgétaire moins importante que l’Allemagne pour stimuler la croissance économique par une hausse des investissements publics. La croissance devra donc provenir principalement des dépenses intérieures des ménages. Ces dernières années, la forte demande sur le marché du travail a soutenu le sentiment des consommateurs, mais on observe un ralentissement dans ce domaine depuis quelques mois. La pénurie sur le marché du travail européen s’est nettement atténuée, ce qui commence à se traduire par une croissance plus faible des salaires.

La forte baisse des prix de l’énergie constitue une aubaine pour la situation financière des ménages. Par rapport à l’hiver dernier, le prix du pétrole (en dollars américains) a baissé de 14 % et les prix du gaz en Europe ont chuté de près de 40 %.

Belgique : croissance stable et inflation en baisse.

Cette année, la croissance économique dans notre pays a été fortement stimulée par la consommation privée et les investissements des entreprises. D’autres investissements, tels que ceux réalisés dans les bâtiments résidentiels et les investissements publics, ont toutefois connu un recul marqué. La forte croissance des dépenses des ménages a été alimentée par une augmentation des revenus réels et par une baisse de l’épargne. En 2026, la croissance des dépenses privées pourra ralentir toutefois, principalement en raison de la loi sur la norme salariale qui limitera la hausse du revenu réel disponible.

D’autre part, Belfius Research prévoit en revanche une reprise partielle des investissements dans les bâtiments résidentiels en 2026. Cela s’explique par une baisse du ratio entre les prix des logements et le revenu des ménages, ce qui libère davantage de budget pour la rénovation et la construction neuve. Nous nous attendons également à une reprise des investissements publics, due principalement aux dépenses supplémentaires dans le domaine de la défense. L’impact sur le PIB pourrait toutefois rester limité si une grande partie de ces investissements est importée. Enfin, les pouvoirs publics réduiront leurs dépenses, avec une économie structurelle prévue d’environ 5,5 milliards d’euros (60 % de 9,2 milliards).

En matière d’exportations, une reprise est attendue en 2026. La croissance plus élevée des coûts salariaux par rapport à nos pays voisins a entraîné ces deux dernières années une diminution de la part de marché des entreprises exportatrices belges sur les marchés internationaux. Mais comme les pays voisins rattrapent à présent leur retard en matière de croissance salariale, cela profitera à notre compétitivité et donc à nos exportations.

Sur la base de ces perspectives, nous anticipons que l’économie belge connaîtra en 2026 une croissance similaire (1,1 %) à celle de 2025.

L’inflation s’est encore normalisée en 2025 et se situera en moyenne à environ 3 %. En 2026, l’inflation reculera fortement, pour s’établir à 1,5 % en moyenne sur une base annuelle. Cette évolution s’explique principalement par la baisse des prix de l’énergie. À partir de janvier, ceux-ci seront nettement inférieurs à ceux du début de l’année 2025, ce qui exercera une forte pression à la baisse sur la composante énergie de l’inflation. Nous supposons également que l’inflation sous-jacente, et plus particulièrement l’inflation dans le secteur des services, continuera à se normaliser, étant donné qu’elle est soumise à des variations de salaires qui seront modérées par la loi sur la norme salariale ainsi que par la limitation de l’indexation en 2026. 

Enfin, en 2026, les finances publiques resteront stables, avec un déficit budgétaire comparable à celui de 2025, soit environ 4 %. Malgré les mesures d’austérité, le déficit ne diminuera pas, compte tenu de l’augmentation annuelle des dépenses consacrées à la sécurité sociale (en raison du vieillissement de la population) et de la hausse des charges d’intérêt. Le ratio d’endettement continuera donc d’augmenter en 2026 pour atteindre 109 % du PIB. 

Risques potentiels pour 2026

Par rapport à il y a quelques mois, les tensions géopolitiques semblent s’être apaisées au Moyen-Orient, en Ukraine et au niveau du commerce mondial. Cela ne signifie toutefois pas que tous les risques ont disparu. Les facteurs susceptibles de perturber nos scénarios économiques de base pour 2026 sont nombreux.

Aux États-Unis, la nomination du nouveau président de la Fed par le président Trump sera scrutée de près au cours du premier semestre 2026. Si les marchés financiers ont le sentiment que l’influence politique de Trump sur la banque centrale prend des proportions démesurées, cela risque de créer des remous. La politique géopolitique des États-Unis pourrait également réserver des surprises. Comme le montrent les tensions croissantes entre les États-Unis et le Venezuela, la politique étrangère du président américain reste imprévisible. Il n’y a pas eu d’escalade de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine cette année, grâce à l’accord temporaire visant à geler les tarifs douaniers, mais les relations entre les deux grandes puissances restent tendues.

En Europe, on espère que les droits de douane américains sur les produits chinois n’augmenteront pas à nouveau à l’expiration de l’accord entre Washington et Pékin fin 2026. Dans certains secteurs, les entreprises européennes ont déjà beaucoup de mal à rivaliser avec les importations de produits chinois (bon marché). Si les États-Unis relèvent encore les barrières commerciales, le dumping chinois ne fera que s’intensifier. Il reste également à voir dans quelle mesure le gouvernement allemand parviendra à traduire ses ambitieux plans d’investissement en une croissance économique réelle. En France, le risque majeur est plutôt d’ordre politique. Des mesures drastiques sont nécessaires pour maîtriser la dette et le budget de l’État. Le gouvernement de Sébastien Lecornu a réussi à faire adopter le budget de la sécurité sociale pour 2026. Néanmoins, les marchés financiers restent sceptiques quant à la capacité de Monsieur Lecornu à obtenir le soutien politique nécessaire à l’adoption d’un budget contenant des mesures budgétaires suffisantes pour réduire la dette française.

Sources

Reuters News

Source générale : Belfius Strategic Research

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