Les produits chinois plus chers par manque de transports maritimes

28 janvier 2021

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • L’importation de produits d’Asie pose de sérieux problèmes en raison d’une pénurie de conteneurs.
  • Par conséquent, le prix des transports maritimes a énormément augmenté.
  • Nous observons dès lors des hausses de prix temporaires en magasin, mais l’inflation des prix à la consommation ne va pas s’envoler pour autant.

Au cours des six derniers mois, le prix des transports de longue distance sur porte-conteneurs a plus que triplé (voir graphique).Ce sont surtout les transports de Chine vers l’Europe qui en pâtissent. De ce fait, le prix des produits chinois a augmenté en moyenne de 5%, voire 30% pour certains. Le contraste avec le début de l'an dernier ne pourrait être plus flagrant. Au premier semestre de 2020, en raison de la première vague de Covid, il y a eu moins de transports par bateau qu’à l'accoutumée. Une situation due aux fermetures d’usines en Chine et à l’effondrement de la demande des États-Unis et de l’Europe. Les sociétés d'armateurs ont dès lors affrété moins de navires et ont annulé les commandes en cours de nouveaux conteneurs et bateaux.

À partir de l'été, on a assisté dans le monde entier à un très fort mouvement de rattrapage du trafic de marchandises et de la demande en transports par conteneur. En novembre, le commerce mondial retrouvait déjà le niveau de fin 2019. La demande en biens de consommation a ensuite encore augmenté en raison des commandes via l’e-commerce lors des fêtes de fin d'année. La capacité des conteneurs des sociétés d'armement ne suffit cependant pas pour répondre à la demande colossale en produits (surtout chinois), d’où la montée en flèche du prix des transports et de gros retards d'approvisionnement.

Bon nombre de ports européens sont en outre confrontés aux conséquences de la récente recrudescence de Covid-19. La maladie, les mesures de distanciation sociale et de quarantaine pèsent sur l’effectif du personnel, provoquent des goulots d'étranglement et ne font qu'aggraver les retards. De même, la nouvelle réglementation du Brexit entraîne des temps d'attente supplémentaires, ce qui congestionne d'autant plus les ports.

Les retards et le prix exorbitant des conteneurs obligent les chaînes de magasins et entreprises, tributaires du trafic maritime d’Asie, à débourser davantage. Pour certaines marchandises (surtout électroniques), cela peut également engendrer des prix plus élevés en magasin, mais nous ne devons pas craindre une flambée de l’inflation des prix à la consommation.

Les produits touchés par les importations plus chères ne constituent qu'une petite partie de nos achats. Les importations d’Asie représentent environ 7% du total des importations belges, et 6,5% du PIB. Si l’on tient compte d’une hausse moyenne de 5% pour les importations d’Asie, entièrement répercutée au consommateur, l’inflation des prix à la consommation devrait augmenter dans notre pays d’environ 0,3%.



L’effet final sera peut-être moins élevé. Tous les commerces de détail et grandes surfaces ne facturent pas les hausses de prix au consommateur, mais les absorbent dans leur marge bénéficiaire. Nous devons par ailleurs tenir compte du cours de l’euro par rapport au dollar. C’est important, car tant les frais d’expédition que le prix des marchandises proprement dites sont généralement libellés en dollar. Or, depuis fin septembre, le dollar américain s’est déprécié de quelque 4% par rapport à l’euro, ce qui compense une grande partie de la hausse des frais d’importation pour la même période.

Les analystes des transports maritimes s'attendent à ce que la pénurie de conteneurs se maintienne encore quelque temps, parce que l’approvisionnement de Chine ralentit en février en raison du Nouvel An chinois. La situation devrait ensuite s'améliorer, mais l’extension de la capacité en termes de conteneurs prendra du temps. Au deuxième trimestre, la demande en biens (et conteneurs) chinois devrait diminuer chez nous. Si les contaminations au Covid-19 diminuent suffisamment et que les confinements sont assouplis à partir d'avril-mai, nous dépenserons à nouveau davantage pour nous procurer des services (aller au restaurant, par exemple), et moins pour acheter des marchandises physiques via l’e-commerce.

La pénurie de conteneurs maritimes est certes un contretemps inattendu pour la relance, mais elle ne devrait pas causer de dégâts permanents à l'économie.




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