L’économie mondiale est prête pour la croissance, après un hiver morose

28 decembre 2020

Annelore Van Hecke
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

Partagez cet article:  

1. Les autorités au pouvoir

 

Qu’il s'agisse de l’imposition de mesures de confinement ou du soutien des hôpitaux, des centres de soins et de toute l’économie, le rôle des autorités s’est avéré terriblement crucial en cette période de Covid-19. La mobilisation des pouvoirs publics pour soutenir les entreprises et aider les travailleurs au chômage temporaire est sans précédent. Selon les calculs de la Banque nationale, les autorités ont, lors du premier confinement, compensé jusqu’à 70% de la perte de revenus des entreprises et des ménages, pour un coût de 34 milliards. La deuxième confinement va encore faire exploser les frais. La survie de près d’une entreprise sur deux pendant le deuxième confinement dépend directement de ce soutien financier. C’est ce qui ressort des enquêtes de l’Economic Risk Management Group (ERMG).

Après la crise également, des solides plans d’investissement et de relance des autorités (fédérales, régionales, mais aussi européennes) seront indispensables pour sortir l'économie du marasme. Vu l’impuissance de la politique monétaire, les pouvoirs publics auront sans doute également un rôle plus important à jouer à l’avenir pour stimuler l’inflation (voir infra).


2. Qui se préoccupe encore du budget ?

 

Pour le moment, nous ne pouvons pas nous passer du soutien des pouvoirs publics. Heureusement, il y a aussi un point positif. Le taux est particulièrement bas, de telle sorte que les nouvelles dettes n’entraîneront pas de charges d'intérêts supplémentaires pour le budget. En outre, si la croissance économique et l’inflation remontent après la crise et si la BCE maintient les taux bas, l’endettement plus élevé va en quelque sorte s’amenuiser en raison de l’effet boule de neige du taux inversé. Cela signifie que les dettes vont se réduire par rapport à un PIB qui remontera plus rapidement.

La BCE, le FMI, l’OCDE, tout le monde plaide dès lors en faveur du maintien des mesures de stimulation des autorités et d’investissements solides pour relancer l’économie. Même le chien de garde du budget européen est muet : les États membres peuvent invoquer la « general escape clause », de telle sorte que toutes les règles budgétaires peuvent être mises « on hold ». Selon les attentes, la Commission européenne va annoncer après la crise des règles budgétaires plus flexibles qui seront beaucoup plus favorables pour les dépenses d’investissement.

Attention, cela ne veut pas dire que nous pouvons jeter l’argent par les fenêtres. Les dépenses publiques doivent être efficientes et productives, c’est-à-dire qu’elles doivent stimuler la croissance économique afin que nos recettes fiscales remontent à l’avenir. En effet, un endettement plus élevé pèsera sur les générations futures. Dans une étude, la BNB déclare qu’il vaut mieux ne pas dépasser la limite de 120%. Cependant, notre endettement s’approche dangereusement de cette limite pour le moment.

Un risque supplémentaire est que nous restions confrontés ces prochaines années à des déficits budgétaires permanents, lesquels gonflent l’endettement chaque année. En raison du Covid-19, les recettes fiscales ont chuté, alors que les dépenses courantes, comme par exemple les pensions, continuent à grimper. Ce problème ne peut être résolu que par des économies ou de nouveaux impôts.


3. Déflation et impuissance de la BCE

 

Les prix européens baissent depuis le mois d'août. En Belgique, nous n’enregistrons pas encore de déflation mais notre inflation a également perdu 1% depuis le début de la crise. Malgré des mesures de stimulation pour 1 350 milliards (passées à 1 850 milliards depuis le 10 décembre) et l’octroi de crédits très bon marché aux banques, la BCE ne réussit pas à faire remonter l'inflation. Ce qui ne signifie pas que ses interventions ne sont pas nécessaires pour maîtriser les hausses de taux dans la zone euro et maintenir le niveau de l’octroi de crédits dans l’économie. Mais nous ne nous attendons pas à une remontée rapide de l’inflation. L’argent supplémentaire dans l’économie est en grande partie épargné par les ménages, et les entreprises rembourseront encore longtemps leurs nouvelles dettes et se constitueront aussi un bas de laine avant de recommencer à investir.

Nous nous attendons à ce que la BCE ajuste sa politique en 2021 en adaptant l’objectif d’inflation, à l'instar de la Banque centrale américaine qui applique à présent un objectif d'inflation symétrique. Cela signifie que l’on compensera la période actuelle d'inflation basse en laissant l'inflation grimper au-delà de l’objectif plus tard. Cette adaptation de l’objectif pourrait entraîner une augmentation des attentes en matière d'inflation dans l’économie. À la suite de la crise, un rôle plus important (et permanent ?) sera également attribué à la politique budgétaire (mesures de relance des autorités) pour atteindre l’objectif d’inflation.

4. Démondialisation

 

La crise du Covid-19 a modifié pour de bon la vision sur la mondialisation et les chaînes de production disséminées dans le monde entier. Les entreprises ont été confrontées à des problèmes d’approvisionnement sans précédent et les autorités ont également réalisé subitement qu’elles dépendent de l’étranger pour la production de médicaments vitaux et de matériel de protection médicale.

Vu le protectionnisme croissant, les flux commerciaux internationaux étaient déjà sous pression depuis un certain temps. Songez, par exemple, à la guerre commerciale entre les USA et la Chine et au Brexit. Le Covid-19 renforce à présent cette tendance. Un certain nombre de pays, comme la France et le R-U, mènent une politique dite de « reshoring », apportant un soutien financier ou administratives aux entreprises qui rentrent au pays.

Cette évolution est moins marquée en Belgique. Avec l'industrie pharmaceutique solide dans notre pays, nous disposons déjà d'un secteur stratégique important dans cette pandémie. Il ressort des enquêtes de l’ERMG que seul un nombre limité d’entreprises belges disposent d’unités de production en dehors de l’UE, et que la majorité de ces entreprises ne les ramèneront pas en Belgique. En tant que petite économie ouverte, notre pays a tout intérêt à ce que le commerce international soit florissant puisque nous lui devons une grande partie de notre prospérité. En outre, le marché belge est trop petit pour ne permettre qu'une réalisation locale de notre prospérité actuelle.


5. L'économie digitale

 

Le Covid-19 a donné un coup de fouet à la digitalisation de notre économie. Grâce au télétravail massif, à l’utilisation de plateformes en ligne pour les réunions, l’enseignement, les loisirs, mais aussi grâce au recours intensif à l’e-commerce et au m-commerce (achats par téléphone mobile), le consommateur a découvert de nouvelles possibilités et adapté ses habitudes. Durant les six premiers mois de cette année, les dépenses en ligne pour des produits physiques ont augmenté de 33 pour cent. Elles portent surtout sur les vêtements, mais aussi sur le matériel ICT et les articles de sport et les jouets. Diverses enquêtes (Comeos, BNB) montrent que cette tendance est en grande partie permanente. En ce qui concerne l’e-commerce, la Belgique doit dès lors saisir cette opportunité pour rattraper son retard historique par rapport à ses voisins.

De plus, la poursuite de la digitalisation de notre économie constitue l’un des fers de lance des plans de relance des autorités fédérales et régionales. Le plan de relance européen aussi stipule qu’un cinquième des subsides pour la Belgique doit être consacré aux projets digitaux. Nous nous attendons à une nouvelle accélération des investissements publics dans la transition digitale, allant d’une digitalisation intensive des pouvoirs publics jusqu’à l’augmentation de l’utilisation de la robotique et de l’intelligence artificielle, et à la diffusion de la technologie 5G.


6. Revirement écologique

 

Enfin, la verdurisation de l’économie a également le vent en poupe, vu les choix politiques effectués par les pouvoirs publics dans leurs plans de relance. Pour nos autorités fédérales et régionales, les investissements verts sont une priorité absolue. Mais pour l’Europe également ; près de 2 milliards de subsides sur les 5 milliards que nous recevons du fonds de relance européen doivent être consacrés à des projets d'investissements verts. La transition écologique est une tendance mondiale. Avec l’élection du président américain Biden, les USA vont également à nouveau miser sur le vert. Même la Chine, le plus grand pollueur de la planète, a annoncé dans son nouveau plan quinquennal qu’elle veut être neutre sur le plan climatique d’ici 2060.

En Belgique, la fermeture des centrales nucléaires d’ici 2025 va également engendrer une accélération des investissements dans la transition verte. Pour le moment, le financement de projets écologiques est fortement soutenu par le grand intérêt des investisseurs et de grands organismes internationaux pour lesdites « obligations vertes ».




Découvrez nos Convictions

Partagez cet article: