Énergies renouvelables, première source d'électricité en 2025

21 octobre 2020

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • Selon l'AIE, la consommation mondiale d'énergie ne se relèvera pas de la crise du Covid-19 avant 2023.
  • La faiblesse de la demande frappe de plein fouet le secteur pétrolier, qui réduit dès lors ses investissements.
  • L'AIE prévoit que, d'ici 2025, les énergies renouvelables deviendront la principale source d'électricité.

Cette année, le Covid-19 entraîne une baisse de la consommation mondiale d'énergie de 5 %, avec en corollaire une réduction temporaire des émissions de CO2 (voir graphique 1). Il faudra attendre au moins jusqu’en 2023 pour que la demande d’énergie retrouve son niveau d'avant la crise. C'est ce qu'écrit l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son rapport annuel « World Energy Outlook », qui présente les perspectives pour le marché de l'énergie. Depuis plusieurs années, les chiffres et tableaux de ce rapport constituent une source d'information essentielle pour la politique énergétique des gouvernements, des entreprises et des investisseurs, dans le monde entier.

Dans son scénario de base, l'AIE prévoit que cette récession sur les marchés de l'énergie perdurera un certain temps encore. Cette année, les combustibles fossiles, à savoir l'industrie pétrolière et du charbon, ont été très durement touchés. En raison de la paralysie du trafic aérien et du recours accru à la pratique du télétravail, la demande de pétrole pour le transport a véritablement plongé. À présent que le nombre de contaminations semble repartir à la hausse, et que de nombreux pays renforcent leurs mesures de sécurité, la demande ne va pas se redresser rapidement. Le marché du pétrole risque donc d’être encore confronté longtemps à des excédents. Ce qui fait pression sur les prix et rend l’extraction et la transformation moins rentables. Le prix du pétrole a à nouveau chuté aux alentours de 40 dollars le baril, en raison de signaux indiquant que la reprise économique s’essouffle au quatrième trimestre. Les grandes compagnies pétrolières comme BP, Shell et Total sont sous pression et ont déjà annoncé des milliers de suppressions d'emplois et des réductions de leurs investissements dans les combustibles fossiles. Conséquence : les investissements dans le secteur de l’énergie plongeront de 18 % en 2020 et, selon l'AIE, l’an prochain, ils resteront également loin en deçà de leur niveau des années précédentes.

Alors qu’il semble que l’importance relative des combustibles fossiles continue de baisser, l’AIE s’attend à une percée des sources d’énergies renouvelables dans les années à venir, principalement sur le marché de l’électricité. Dans les économies bien enracinées, comme la zone euro, l'AIE prévoit dans son scénario de base que la demande d'électricité renouera avec ses anciens niveaux d'ici 2023 (graphique 2). Par la suite, la demande augmentera de 0,8 % par an, notamment en raison de la demande croissante de voitures électriques et de chauffage domestique. Le déploiement de l’électricité verte doit absolument se poursuivre, pour pouvoir répondre à l’augmentation de la demande sans booster les émissions de CO2. Dans l'UE, la quote-part des sources renouvelables dans la consommation totale d'énergie a plus que doublé depuis 2004, pour atteindre 18%. Cette quote-part devra être d’au moins 32% d'ici 2030 si l’on veut atteindre les objectifs de l’UE en matière de climat et d’énergie. Des ambitions élevées, mais réalisables selon l'Agence de l'énergie. Si les gouvernements du monde entier investissent suffisamment dans la production durable d’énergie, les énergies solaire, éolienne et hydraulique pourraient constituer la principale source d'électricité d'ici 2025. Une grande partie de cette transition viendra de la Chine et de l’Inde, qui passeront radicalement du charbon aux énergies renouvelables.

Cette année, les émissions de CO2 diminueront encore d’environ 7 %, à cause de la faiblesse de la demande économique, mais la réduction des émissions n'est que temporaire. Pour l’AIE, sans une politique climatique et énergétique efficace, après cette crise, nous devrions à nouveau renouer avec les niveaux d'émissions élevés d’avant la crise. Le scénario décrit ci-dessus n'est donc certainement pas encore acquis.






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