Reconfinement: économiquement meilleur marché?

24 juillet 2020

Annelies Van Cauwenberge
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

Partagez cet article:  

Alors qu’un éventuel second confinement dû au Covid-19 se profile à l’horizon, les discussions concernant son coût économique vont bon train. Toutefois, quelle que soit la décision du gouvernement, le consommateur se montre en tout cas plus prudent en raison de la résurgence du virus. Les derniers chiffres de la confiance des consommateurs de la Banque nationale sont de nouveau en baisse. Il y a non seulement la crainte d’être contaminé, mais aussi la crainte de perdre son emploi qui incite les gens à moins dépenser.

Selon Belfius, la crise du Covid-19 peut entraîner un recul du PIB belge de 10,6%. Cela signifie un préjudice économique de 47 milliards d’euros cette année, soit 900 millions d’euros par semaine. Mais quelle est la part du confinement dans ce coût économique?

Une étude récente des économistes Austan Goolsbee et Chad Syverson de l’Université de Chicago livre des informations passionnantes à ce propos. Ils ont utilisé les données des téléphones mobiles pour mesurer les visites des clients dans 2,25 millions d’entreprises individuelles dans 110 industries aux États-Unis. La fréquentation totale des clients a diminué de 60 pour cent à la suite du Covid-19, ont-ils constaté, mais les limitations liées au confinement légal n’en expliquent que 7%. Moins de 12 pour cent de la fréquentation des magasins et des usines s’expliquaient donc par l’obligation de rester à la maison.

Le nombre de déplacements avait déjà commencé à baisser avant l’entrée en vigueur du confinement et a été fortement influencé par le nombre de cas rapporté de Covid-19. On a également assisté à un changement clair de comportement des consommateurs qui ont boudé les supermarchés plus bondés au profit des petits commerces moins fréquentés de la même branche.

Il est dès lors important d’examiner le coût supplémentaire pur d’une période de confinement et pas uniquement le choc économique total. Si nous appliquons les chiffres de Goolsbee et Syverson à la Belgique, le coût d’un confinement s’élève à 100 millions par semaine. Bien que ce chiffre soit considérable, nous nous en sortons finalement à meilleur compte avec un nouveau confinement. En effet, un confinement nous permet de maîtriser plus rapidement le virus. Ne pas imposer de confinement aggrave même le préjudice économique. Selon les chercheurs britanniques Bodenstein, Corsetti et Guerrieri de l’Université de Cambridge, ce déclin économique s’élèverait à pas moins de 30% du PIB.

Ce n’est qu’en faisant face à de nouvelles propagations par le traçage rapide des contacts, les tests et l’isolement que la renonciation à un second confinement peut avoir économiquement un sens. Mais si le nombre de cas quotidiens dépasse un seuil gérable, un nouveau confinement sera sans doute la seule façon d’endiguer la contamination par le virus. Et si les autorités ne nous l’imposent pas, le consommateur se l’imposera lui-même.


Notre dossier sur le Covid-19

Bodenstein, M., Corsetti, G. & Guerrieri, L. (2020). Social Distancing and Supply Disruptions in a Pandemic, Institute for New Economic Thinking, Cambridge-INET Working Paper Series No.: 2020/17.

Partagez cet article: