Fumée blanche pour le fonds de relance de l’U.E.

22 juillet 2020

Annelore Van Hecke
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • Les chefs de gouvernement de l’U.E. arrivent à un accord sur le fonds de relance et le budget pluriannuel
  • L’accord ouvre la voie à une solidarité sans précédent, à l’émission de dettes publiques et à l’extension de compétences fiscales européennes
  • Les marchés réagissent positivement, l’euro est en hausse

Les chefs de gouvernement de l’U.E. ont conclu hier un accord sur le fonds de relance Covid-19 et le budget pluriannuel européen. Cette opération peut être qualifiée d’"historique" et ce, pour les raisons suivantes.

Tout d’abord, compte tenu de la solidarité sans précédent entre les États membres. 750 milliards d’euros seront empruntés sur les marchés financiers via des émissions de dettes européennes et seront versés aux États membres sous forme de 390 milliards de subsides et 360 milliards de prêts. Pour recevoir l’argent, les États doivent introduire un plan de relance économique pour l’automne sur la base des recommandations annuelles de la Commission européenne. La Belgique recevrait quelque 5 milliards du fonds, l’Italie pas moins de 209 milliards.

Deuxièmement, cet accord est une étape importante de l’évolution de l’Union européenne. L’interdiction de contracter des dettes européennes communes est cassée. Pour rembourser ces dettes, les compétences fiscales européennes devront être élargies. L’accord est assorti de nouvelles ressources propres, comme une taxe sur le plastique, une taxe carbone et une "taxe numérique" ou taxe sur les services numériques. Bien que le fonds de relance soit qualifié de "temporaire" et d’"exceptionnel", il représente un précédent pour l’avenir. Il ouvre la voie à la prise en charge similaire de chocs économiques externes à l’avenir.

Enfin, nous pouvons aussi considérer cet accord comme historique parce que les chefs de gouvernement de l’U.E. se sont finalement trouvés. Compte tenu des énormes divergences entre les "cinq radins" (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark, Finlande) et les pays ayant une marge budgétaire limitée, comme l’Italie et l’Espagne, un tel accord était pratiquement impossible. Mais cette fois-ci, l’Europe donne enfin le signal qu’elle peut former un seul bloc politique.


Il s’agissait de faire changer d’avis les Pays-Bas et les autres pays "frugaux" en acceptant des concessions comme un rabais fixe de leur contribution à l’U.E. En outre, l’octroi des subsides dépend de l’évolution enregistrée au niveau des plans de redressement nationaux. À la demande des Pays-Bas, les États membres peuvent tirer la sonnette d’alarme s’ils estiment que les réformes sont insuffisantes dans un autre pays. Le paiement est alors arrêté pour trois mois au cours desquels un accord doit être trouvé. Cette disposition pourrait encore perturber à l’avenir les relations entre les États membres.

Les marchés financiers ont réagi positivement. L’euro a augmenté en raison du regain de confiance. Le fonds de relance aplanira en effet les différences économiques entre les États membres plus fragiles et plus forts dans la zone euro, ce qui réduit le risque de démantèlement de la zone euro. Le taux de la dette publique italienne a reculé.


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