Les coûts cachés du Covid-19

9 fevrier 2021

Annelore Van Hecke
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • En 2020, la pandémie a eu un impact désastreux sur tous les aspects du bien-être.
  • Outre les coûts humains, cette détérioration du bien-être a également des conséquences négatives pour l’économie.
  • Une plus grande attention pour le bien-être des Belges est indispensable, également pour la relance de notre économie.

Nous connaissons à présent les coûts économiques et budgétaires de la crise pour 2020. Une contraction sans précédent de 6,2% du PIB et un trou budgétaire qui représente 10% du PIB, soit près de 45 milliards. En outre, nous savons que les faillites et licenciements occasionnent un dommage permanent à notre économique et que le déficit budgétaire ne va pas disparaître du jour au lendemain et qu’il va se maintenir à quelque 6% de notre PIB ces prochaines années.

Mais il existe encore d'autres coûts qui retiennent généralement moins l’attention, car ils sont plus difficiles à mesurer et parce que le monde politique y attache moins d’importance, toute son attention se concentrant sur la crise sanitaire. La semaine dernière, le Bureau du Plan a publié une actualisation de ce qu’il appelle les « indicateurs complémentaires du PIB », qui essaient de comprendre le développement de la société et du bien-être de la population. Les résultats pour 2019 étaient préoccupants, mais pour 2020, les premières estimations sont franchement dramatiques. En 2020, la pandémie a eu un effet désastreux supplémentaire sur tous les aspects du bien-être, comme la santé, le niveau de vie, les conditions de travail, la formation et les relations sociales de la population.

La condition physique s’est détériorée en raison du report des soins médicaux, mais surtout, la santé mentale a énormément souffert. Il ressort des chiffres de Sciensano que 23 pour cent des participants souffrent d'angoisse et 20 pour cent, de problèmes de dépression, ce qui représente le double par rapport à la situation avant la crise.

De plus, en raison du chômage et de la perte de revenus, le niveau de vie a chuté, de telle sorte qu’un plus grand nombre de ménages ont du mal à joindre les deux bouts. Notre réseau social a également rétréci, en ce sens que la part des Belges qui peuvent compter sur le soutien des amis et de la famille a diminué.

En ce qui concerne la formation, le Bureau du Plan table provisoirement encore sur un status quo en 2020, parce qu’il ne dispose pas encore de chiffres sur les personnes qui ont abandonné leurs études. Mais l’impact sera considérable également. Il ressort d'ores et déjà d'une étude de Kristof De Witte, spécialisé dans la recherche sur l’enseignement, que le premier confinement a entraîné beaucoup d'abandons des étudiants et une augmentation de l’inégalité entre ceux-ci.

Il importe d’être conscient que la détérioration du bien-être entraîne non seulement des coûts humains considérables, mais qu’elle a également des conséquences directes et indirectes pour notre économie. En 2015, l’OCDE estimait les coûts économiques des problèmes sanitaires en Belgique à 5,1% du PIB. Une augmentation des problèmes de santé génère une hausse des dépenses de soins de santé pour les traitements et les médicaments. Par ailleurs, ils occasionnent une baisse de productivité chez les travailleurs et une augmentation des incapacités de travail de longue durée, ce qui entraîne une hausse des allocations de remplacement de revenus et un recul du taux d’emploi. Avant la crise déjà, les affections psychiques et les troubles du comportement représentaient la principale cause des incapacités de travail de longue durée (36% des incapacités de longue durée en 2019). L’impact de la crise sur la santé mentale peut de ce fait avoir encore longtemps des conséquences sur notre marché du travail.

Les spécialistes de l’enseignement s'accordent à dire que l'abandon des étudiants entraîne également des coûts économiques. Il ressort d'une étude que les fermetures des établissements scolaires et le recul des prestations d'apprentissage auront des conséquences durant plusieurs décennies sur les chiffres du chômage, les salaires moyens et la croissance économique à long terme.

La détérioration du bien-être est dès lors synonyme de baisse du taux d’emploi, de la productivité, des salaires et de la croissance économique. Et ce, alors que les gouvernements misent justement sur l’augmentation de cette croissance économique par des plans d'investissement ambitieux dans l’infrastructure, la digitalisation et l’économie verte. Dès lors, il importe que ces plans de relance n’oublient pas le bien-être des Belges, plaide le Bureau du Plan.

Afin de préserver la santé physique, on a largement laissé de côté la qualité de vie des Belges durant cette pandémie. Maintenant que nous commençons lentement à maîtriser cette pandémie, il est essentiel et urgent de tenir davantage compte du bien-être des Belges dans toutes ses dimensions.





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