Wall Street ravi de Biden

10 novembre 2020

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • Le résultat des élections présidentielles américaines rend improbable une fracture importante avec la politique économique de Trump.
  • La probabilité moins grande de voir une hausse des impôts et de la réglementation génère des bénéfices de cours à Wall Street.
  • Avec Biden disparaît la menace d’une guerre commerciale.
  • La progression des chiffres du Covid-19 aux États-Unis peut peser lourdement sur la reprise économique dans les prochains mois.

Après une semaine nerveuse de comptage des voix, il est quasi certain que Joe Biden deviendra le 46e président des États-Unis. Mais on est loin d’une ‘vague bleue’, une victoire démocrate convaincante qui donne la majorité à la Chambre et au Sénat. Au Sénat, le parti républicain continuera plus que probablement à avoir la haute main au cours des deux prochaines années. Le nouveau président devra donc tenir compte d’un Sénat qui lui accordera peu de succès et lui mettra des bâtons dans les roues.

Le résultat électoral partagé et l’impasse politique qui en découle semblent cependant séduire les investisseurs à Wall Street. Le principal indice des actions, le S&P500, a clôturé la semaine électorale en hausse de plus de 7 pour cent. Les changements que Biden pourra apporter sur le plan économique ne seront dès lors pas si radicaux que certains ne le craignaient. C’est ainsi que la probabilité d’une forte hausse des impôts des sociétés a considérablement diminué. De même, les géants technologiques américains sont satisfaits car la loi antitrust qui menace leur position dominante sur le marché a moins de chances de voir le jour.

Un des seuls domaines où Joe Biden peut marquer son empreinte est la scène internationale. En tant que diplomate aguerri, il veut rompre avec l’isolationnisme de son prédécesseur et restaurer les relations qui se sont détériorées avec ses principaux partenaires commerciaux (surtout l’U.E., le Mexique et le Canada). Le risque de guerre commerciale baisse considérablement, ce qui stimulera le climat économique mondial. C’est une bonne nouvelle pour l’U.E. qui, ces dernières années, a dû faire face à des taxes américaines sur les importations d’acier et de nourriture. Les constructeurs automobiles européens et leurs sous-traitants sont également soulagés maintenant que la menace constante de lourdes taxes sur les exportations vers les États-Unis disparaît des radars. Les taxes à l’importation sur les produits chinois, qui sous le règne de Trump sont passées de 3,1 pour cent à 19,1 pour cent, ne seront cependant pas annulées en masse. Pendant sa campagne électorale, Biden a déjà clairement annoncé qu’il se montrera sévère à l’égard de la Chine et qu’en collaboration avec d’autres pays, il fera pression sur la grande puissance pour qu’elle suive les règles économiques.


La réaction positive de Wall Street donne à penser que la discorde politique aux États-Unis n’engendrera pas de préjudices économiques. Mais ce n’est évidemment pas le cas. En effet, Biden aura bien des difficultés à faire approuver un large éventail de mesures de soutien qui doivent contrer la crise économique. Au troisième trimestre, l’économie américaine a effectué une impressionnante remontée mais le risque grandit de voir s’arrêter la reprise. Ces dernières semaines, le nombre d’infections par le Covid-19 a progressé de façon inquiétante aux États-Unis. À l’approche de l’hiver, le risque d’une deuxième vague est élevé aux États-Unis, ce qui plombera de nouveau la croissance économique et entraînera de nouveaux licenciements. La nouvelle selon laquelle Pfizer est tout près de produire un vaccin efficace est positive pour le moral mais le vaccin ne sera sur le marché qu’au cours de 2021. Les démocrates veulent un programme d’aide d’au moins 2.000 milliards de dollars afin de soutenir l’économie mais les républicains au Sénat ne veulent rien entendre. Les analystes politiques s’attendent à ce qu’avec un démocrate à la Maison blanche, les républicains veuillent de nouveau se profiler comme des faucons fiscaux et contrecarrent le plus possible les plans d’aide.

Le président élu Biden ne perd pas de temps et après avoir mis en place une task force Covid-19, il est déjà en train de constituer une équipe économique. Mais il faudra attendre son investiture le 20 janvier avant qu’il ne puisse vraiment s’atteler à la tâche. Entre-temps, l’économie américaine peut encore avoir besoin d’aide pour traverser les mois d’hiver plus sombres.



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