Royaume-Uni: «la pire récession en 300 ans»

24 juin 2020

Frank Maet
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • La confiance des entrepreneurs britanniques se redresse plus vite que prévu.
  • Mais le chômage en hausse et le dossier du Brexit pourraient peser sur la reprise.

Tout comme dans la zone euro, l’avenir apparaît moins sombre aux chefs d’entreprises britanniques, car de plus en plus d’entreprises peuvent reprendre leurs activités. En juin, les indicateurs du sentiment des entreprises effectuent une véritable remontada, après le choc magistral qui a ébranlé la confiance les mois précédents. En ce mois de juin, l’indice pour le secteur industriel franchit même de justesse la barre de 50, ce qui signifie que la production n’est plus en baisse. Dans le secteur des services aussi, le pessimisme bat en retraite, même si l’on n’observe pas encore un retour à des chiffres de croissance positifs en juin. Certains secteurs importants, comme l’horeca et le tourisme, seront encore fermés jusqu’au 4 juillet.

L'économie britannique aurait bien besoin d'un coup de pouce, car depuis le mois de mars, son PIB s'est contracté d'environ 20 %. Certes, l’impact négatif de la crise du Covid-19 est moins grave que certains le craignaient, mais la Bank of England fait quand même état de « la pire récession en 300 ans ». Après un faux départ, le Royaume-Uni a commencé à fermer son économie plus tard que le reste de l'Europe, et la sortie du confinement y intervient aussi avec quelques semaines de retard. Les récents rapports chiffrés vont dans le sens d'une reprise de l'économie qui permettra de renouer avec la croissance à partir du troisième trimestre.

Le caractère durable de cette reprise dépend dans une large mesure de l'ampleur des dommages que le marché de l’emploi britannique subira cette année. Le système de chômage temporaire instauré comme mesure d'urgence par le gouvernement de Boris Johnson permet d'amortir les effets, et limite les dégâts pour le marché de l'emploi à court terme. Autre avantage : les travailleurs restent liés à leur employeur, ce qui facilitera un retour rapide au travail dès que la demande sera à nouveau là. Mais ce système arrivera à échéance dans le courant du quatrième trimestre, et il est fort possible qu'à ce moment-là, le chômage monte en flèche. Depuis janvier, le nombre de postes vacants pique du nez (voir graphique), ce qui annonce généralement une hausse du chômage.

Un autre élément perturbateur susceptible de chambouler la reprise, c’est bien entendu le Brexit. Le gouvernement britannique doit décider avant le 1er juillet s’il souhaite un report, mais il ne semble pas désireux de suivre cette voie. De son côté, pour l’instant, l’UE a d’autres chats à fouetter. Sa priorité numéro 1 est la mise en place d’un fonds de relance destiné à sortir l’économie de la récession. Faute de report, les deux parties n'ont plus que jusqu'à la fin de cette année pour arriver à un accord commercial. Un timing extrêmement serré pour un dossier d’une telle ampleur. Les chances de pouvoir éviter un scénario du « no-deal » diminuent à vue d’œil.


Notre dossier sur le Covid-19

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