Traditionnellement, février est le mois où nous recevons une avalanche d’analyses de l’économie belge. Outre le rapport de l’OCDE et — plus près de chez nous— de la Banque Nationale, nous avons vu arriver le rapport du FMI la semaine dernière. Aujourd’hui, c’est au tour de la Commission européenne de faire son rapport par pays sur la Belgique. Les conclusions sont fortement similaires ; elles mettent le doigt sur les mêmes points faibles et les recommandations vont généralement dans le même sens. Un message clair à l’adresse de nos politiciens.
Le rapport par pays pointe une première priorité, à savoir augmenter la population active. En raison du départ à la retraite de l’importante génération du babyboom, du grand nombre de postes vacants et du taux de chômage historiquement bas, le marché du travail est de plus en plus confronté à une pénurie. Le nombre de demandeurs d’emploi par poste vacant a chuté rapidement ces dernières années, de cinq demandeurs d’emploi en 2014 à deux à peine par poste vacant en 2018. La situation est encore plus grave en Flandre, avec un seul demandeur d’emploi par poste vacant.
Relativement parlant, la Belgique compte de nombreuses personnes entre 20 et 64 ans qui ne sont pas actives sur le marché du travail, dont, par exemple, des jeunes aux études, des parents qui s’occupent de leurs enfants à plein temps, des personnes plus âgées qui quittent le marché du travail (trop) tôt. Exception faite des étudiants, qui investissent dans leur avenir, nous devons motiver tout le monde à participer au marché du travail, notamment avec des incitants financiers. La Commission européenne fait notamment remarquer l’effet décourageant du niveau élevé de notre impôt des personnes physiques. En dépit de l’avancée que représentait le tax shift, le fossé entre le coût du travail pour l’employeur et le salaire net du travailleur reste encore l’un des plus grands de l’UE.
Les pouvoirs publics doivent également oser sabrer dans les régimes qui autorisent la retraite avant l’âge de la pension légale. C’est problématique surtout dans leurs propres administrations : 54 % des fonctionnaires prennent leur pension à soixante ans ou plus tôt. De plus, la Belgique est encore le seul État membre à verser des allocations de chômage sans limite dans le temps. À Bruxelles et en Wallonie, jusqu’à 56 % des chômeurs sont des chômeurs de longue durée, contre 34 % en Flandre.
Enfin, il faut également encourager les jeunes à choisir les bonnes formations pour exercer les professions frappées de pénurie. Dans ce cadre, une plus grande attention pour les formations scientifiques, technologiques et mathématiques (STEM) est importante.
Une deuxième priorité est notre budget. En ce qui concerne le déficit budgétaire belge, la Commission européenne souligne en premier lieu nos dépenses publiques, qui, même sans compter les charges d’intérêts (dépenses primaires), font partie des plus élevées d’Europe. Seules les autorités françaises, finlandaises et danoises dépensent davantage.
Sur le graphique, nous voyons que les économies réalisées par le dernier gouvernement ont à peine compensé la forte augmentation des dépenses des années précédentes. La tendance remonte à partir de 2018. En raison des frais liés au vieillissement, il sera difficile d’inverser cette évolution. Durant la période de 2020-2024, les allocations de pension vont augmenter de quelque 23 % et les dépenses de santé de 24 %. Il est possible de faire des économies en améliorant l’efficacité des services publics. De plus, selon la Commission européenne, une révision des dépenses et le choix des priorités pourraient libérer de la marge pour réaliser les investissements nécessaires.
Du côté des recettes, les autorités peuvent se pencher sur un certain nombre de réductions d’impôts. Songez, dans ce cadre, aux effets négatifs des voitures de société ou des cartes-carburant sur l’environnement, aux effets négatifs des titres-service ou à la déduction des intérêts sur les prêts pour les secondes résidences. On pourrait également réexaminer le quotient conjugal, ce qui pourrait stimuler la participation des femmes au marché du travail. Les impôts sur le travail et les taxes sur les transactions doivent diminuer, mais il reste encore de la marge pour un glissement vers des taxes environnementales et un impôt sur les revenus locatifs réels des propriétaires est également recommandé.
Enfin, la Commission souligne également la mauvaise coordination sur le plan budgétaire entre l’État fédéral et les communautés et régions. Ce manque de coordination entre les différentes autorités de ce pays ne se limite d’ailleurs pas uniquement aux accords budgétaires. La CE remarque que le degré élevé de fragmentation des compétences et le manque de collaboration sont problématiques pour une politique efficace. Songez, par exemple, à l’absence d’accord entre les régions concernant l’introduction de la 5G.
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