10 mai 2021

Annelore Van Hecke
Senior Macro Economist @Belfius


Véronique Goossens
Chief Economist @Belfius

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  • La Belgique a soumis son budget pluriannuel à la Commission européenne.
  • En l’absence d’efforts supplémentaires, notre budget continuera à sortir des clous.
  • Cependant, économiser à trop brève échéance pourrait replonger notre économie dans une récession.
  • Une relance rapide et une croissance plus forte sont importantes pour réduire le déficit.

L’année dernière, personne ne s’inquiétait encore du budget. En ces temps de Covid-19, le gouvernement doit tout simplement desserrer les cordons de la bourse pour soutenir les ménages et les entreprises afin de limiter le préjudice causé à l’économie. La situation est toutefois en train de changer petit à petit. À la mi-avril, le Conseil supérieur des Finances, notre organe national de contrôle budgétaire, a publié un rapport contenant des recommandations selon lesquelles il conviendra de se serrer à nouveau la ceinture à partir de 2023. ll le faudra pour stabiliser notre taux d’endettement afin que celui-ci n’excède pas 120 % du PIB. Le ministre flamand des Finances et du Budget, Matthias Diependaele, s’est également engagé récemment à réduire de moitié le déficit budgétaire flamand d’ici la fin de la législature. La Belgique a finalement soumis son budget pluriannuel à la Commission européenne à la fin du mois d’avril. Malgré la suspension temporaire des règles budgétaires par l’Europe, celles-ci s’appliqueront à nouveau – éventuellement sous une autre forme – à partir de 2023. L’Europe ne cesse d’insister sur le fait que tout dérapage budgétaire structurel ou permanent doit être évité dès à présent.

Selon les prévisions, le dérapage budgétaire de la Belgique sera effectivement de nature structurelle. Pour la période 2022-2026, on parle d’un déficit permanent de 4 à 5 % de notre PIB, soit 23 à 24 milliards d’euros par an. De ce fait, notre taux d’endettement va continuer à augmenter, malgré la faiblesse des taux d’intérêt. Pour stabiliser notre dette colossale à 116 % du PIB, le gouvernement doit ramener le déficit à 3,4 % du PIB d’ici 2024, a calculé le Conseil supérieur des Finances. Le budget pluriannuel de la Belgique est légèrement moins ambitieux et vise un déficit de -3,7 % du PIB d’ici 2024 (voir graphique).

La trajectoire budgétaire envisagée repose sur l’effort prévu dans l’accord de gouvernement fédéral de septembre dernier. Elle consiste en une amélioration budgétaire continue de 0,2 % du PIB par an. En outre, un effort supplémentaire variable d’environ 0,2 % du PIB sera consenti à partir de 2022 si l’économie s’est suffisamment rétablie de la crise du Covid-19. L’idée de conditionner l’effort budgétaire à la reprise économique est judicieuse. Entamer le processus d’austérité trop tôt pourrait replonger notre économie dans une récession. Mais réagir trop tard ne fera qu’accroître le taux d’endettement et mettra en péril la viabilité des finances publiques. La politique budgétaire des prochaines années sera assurément un difficile exercice d’équilibre.



 

Pour l’instant, il est encore impossible de dire à quoi ressemblera concrètement l’assainissement budgétaire à venir. Le gouvernement fédéral a indiqué dans son accord gouvernemental que l’effort budgétaire se fera selon la clé de répartition suivante : un tiers de réduction des dépenses, un tiers de recettes fiscales supplémentaires et un tiers de recettes « diverses ». À la demande de l’Europe, toutes les entités fédérées se sont également engagées à procéder à des spending reviews (examen des dépenses), c’est-à-dire à passer toutes les dépenses publiques au peigne fin pour juger de leur utilité et de leur efficacité dans le but de générer les économies requises. La ministre fédérale des Pensions, Karine Lalieux, présentera d’ici septembre de cette année une réforme concrète des pensions, qui devrait contribuer à limiter le dérapage des coûts liés au vieillissement.

Les plans de relance fédéraux et régionaux, qui prévoient un ensemble substantiel d’investissements publics au cours des prochaines années, doivent absolument être épargnés par les mesures d’austérité. Ces investissements sont non seulement nécessaires à la transition écologique et digitale de notre économie, mais assurent également un retour sur investissement dans le budget grâce à leur impact sur la croissance économique. Une relance rapide et une croissance plus forte aideront à remettre notre budget sur les rails.


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