l'Europe vise une plus grande autonomie numérique

19 août 2026

Nicolas Deltour

Nicolas Deltour
Head of Investment Strategy

Elisa Machado Fernandez

Elisa Machado Fernandez
Investment Strategy

L’indépendance technologique n’a longtemps pas figuré parmi les priorités de l’agenda européen. Les chaînes d’approvisionnement mondiales semblaient efficaces, les géants technologiques américains et asiatiques étaient considérés comme des partenaires fiables, et la solide réglementation européenne apparaissait comme un atout suffisant. Cependant, la pénurie de semi-conducteurs pendant la crise du Covid-19 ainsi que les restrictions commerciales et les contrôles à l’exportation ont clairement démontré une réalité: la technologie n’est pas seulement un facteur économique, c’est aussi un instrument de pouvoir. La réaction de l’Union européenne ne s’est pas fait attendre.

En 2022, un cadre stratégique a été adopté afin d’accélérer la transformation technologique et de garantir la souveraineté numérique du continent. Le «Programme d’action pour la décennie numérique à l’horizon 2030» fixe des objectifs concrets dans les domaines suivants:

  • les compétences numériques des citoyens et des entreprises;
  • des infrastructures sûres et fiables;
  • la numérisation des entreprises et des services publics.

Pour atteindre ces objectifs, l’Europe mobilise des financements provenant de différentes sources, représentant un montant total de 250 à 300 milliards d’euros d’investissements numériques ciblés. Une étape essentielle pour préparer l’Europe aux défis de demain et renforcer sa compétitivité future.1

L’Europe vise 20% de la production mondiale de semi-conducteurs.

La relation de l’Europe avec les semi-conducteurs, ou puces électroniques, est paradoxale. Les Pays-Bas abritent ASML, la seule entreprise au monde capable de fabriquer les machines de lithographie les plus avancées, indispensables à la production des puces les plus sophistiquées. Pourtant, l’Europe produit moins de 10% des puces électroniques mondiales2 – et ne fabrique pratiquement pas de puces de pointe (inférieures à 10 nanomètres), essentielles pour l’intelligence artificielle, les centres de données et le calcul haute performance.

Graphique: Répartition des parts de marché de la production mondiale de semi-conducteurs en 2025

Source: Candriam – World Fab Forecast, published by SEMI

L’Europe conçoit les technologies et fournit les équipements nécessaires à leur fabrication, mais elle ne produit pas de puces électroniques à grande échelle. Pourquoi est-ce un problème? Parce que ceux qui possèdent les usines de production peuvent décider qui reçoit les puces en priorité et qui doit attendre. En 2021, les fabricants taïwanais de semi-conducteurs ont réorienté une partie de leur capacité de production vers l’électronique grand public, ce qui a entraîné l’arrêt temporaire de plusieurs usines automobiles européennes. En cas de nouvelle pénurie, l’Europe risque à nouveau de se retrouver en fin de file, à moins d’augmenter sa propre capacité de production.

C’est pourquoi l’Union européenne a adopté l’European Chips Act (septembre 2023), avec un objectif ambitieux. Cette initiative comprend:

  • un cadre législatif destiné à faciliter les investissements;
  • des règles plus souples en matière d’aides d’État pour les grandes usines de fabrication de puces;
  • 43 milliards d’euros de financements publics et privés pour stimuler la conception, les tests et la production de (micro)puces en Europe.

D’ici 2030, l’Europe ambitionne de représenter 20% de la production mondiale de semi-conducteurs.

200 milliards d’euros pour combler le retard dans l’intelligence artificielle

L’IA n’est pas un produit comme les autres. Il s’agit d’une infrastructure stratégique sur laquelle les industries, les administrations publiques et les institutions s’appuieront de plus en plus pour la prise de décision, l’allocation des ressources et le traitement de l’information.

Aujourd’hui, les entreprises européennes dépendent largement des modèles fondamentaux, plateformes de cloud computing et outils d’intelligence artificielle développés aux États-Unis. En outre, les modèles utilisés via des infrastructures cloud américaines sont soumis à la législation américaine, quel que soit le lieu où se trouve l’utilisateur.

Afin de réduire cette dépendance technologique, le Plan d’action pour un continent de l’IA (AI Continent Action Plan), approuvé en avril 2025, vise à mobiliser 200 milliards d’euros d’investissements publics et privés. Son objectif principal est de mettre à profit les capacités industrielles, la recherche et les talents européens afin de construire un écosystème d’intelligence artificielle compétitif et souverain, fondé sur les valeurs démocratiques.

Le plan prévoit notamment, un financement public destiné au développement de réseaux européens de calcul haute performance (High-Performance Computing), la création de capacités de production à grande échelle pour la puissance de calcul nécessaire à l’IA (la construction d’au moins 19 usines d’IA et 5 giga-usines d’IA3).

Parallèlement, le Cloud and AI Development Act4 s’attaque aux lacunes en matière d’infrastructures identifiées dans le plan d’action. Ses objectifs sont les suivants:

  • stimuler et encadrer les investissements privés dans les centres de données et infrastructures cloud commerciales
  • tripler la capacité européenne en centres de données dans un délai de cinq à sept ans, en privilégiant des installations écologiques et économes en énergie
  • établir des exigences de sécurité strictes pour les applications cloud critiques, notamment dans les secteurs de la défense et de la santé.

Cybersécurité: un pilier essentiel de la résilience nationale

Avec la croissance exponentielle des cyberattaques visant les infrastructures critiques (les attaques par rançongiciel contre les organisations européennes ont augmenté de 81% en 20245) le marché des systèmes informatiques sécurisés, des communications chiffrées et des solutions de détection des menaces basées sur l’intelligence artificielle est en plein essor. Face à cette menace croissante, l’Union européenne a adopté trois législations majeures en matière de cybersécurité, destinées à instaurer dans l’ensemble des États membres un niveau élevé et harmonisé de cyberrésilience.

Possibilités d’investissement?

Le chemin vers l’autonomie technologique européenne est encore long, mais, pour la première fois, l’Union européenne s’est engagée clairement à réduire ses dépendances les plus critiques et à reprendre le contrôle de ses infrastructures numériques ainsi que de ses données stratégiques.

Chez Belfius et Candriam, nous apprécions cette nouvelle ambition et sommes convaincus qu’elle s’accompagne d’un potentiel important en matière d’opportunités d’investissement intéressantes.

Source: Candriam

1 Source: Candriam Commission Publishes State of the Digital Decade 2025 Report

2 Source: European Chips Act | Shaping Europe’s digital future

3 De telles installations de très grande envergure, qui regroupent une puissance de calcul suffisante pour permettre le développement de la prochaine génération de modèles d’intelligence artificielle.

4 Le Cloud and AI Development Act a été adopté par la Commission européenne le 3 juin 2026. La proposition est désormais soumise au Parlement européen pour approbation.

5 Source: Candriam



Ce document, rédigé et publié par Belfius Banque, donne la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, ni de recommandation d’investissement ou de recherche indépendante en matière d’investissements. Les chiffres cités reflètent une situation à un moment donné et sont susceptibles d’évoluer.

N'hésitez pas à contacter votre conseiller financier pour un conseil en investissement personnel qui examinera avec vous les conséquences éventuelles que cette vision peut avoir pour votre portefeuille d'investissement individuel.

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