Les indices régionaux offrent-ils assez de diversification?

11 août 2026

Nicolas Deltour

Nicolas Deltour
Head of Investment Strategy

Elisa Machado Fernandez

Elisa Machado Fernandez
Investment Strategy


Un indice composé de 500 actions semble suffisamment diversifié. Mais que se passe-t-il si dix entreprises représentent près de 40 % du poids total de cet indice, peut-on alors encore parler d’une large diversification ?

Actuellement, les 10 plus grandes entreprises de l’indice boursier américain S&P 500 représentent 38 % de la valeur boursière totale. Fin 2025, ce chiffre était même encore plus élevé : 41 %, un record historique. À titre de comparaison, au début de l’an 2000, pendant la période de la bulle internet (dot-com), ce chiffre était d’environ 27 %. Une forte concentration n’est cependant pas nécessairement un signal négatif.

Graphique : le poids du top 10 du S&P 500

Grafiek: het gewicht van de top 10 van de S&P 500

Source: Bloomberg, Belfius Investment Strategy


Concentration du marché : une conséquence logique de solides performances

La forte concentration dans le S&P 500 est la conséquence logique des solides performances d’un nombre limité de mégacaps américaines et de la méthode de calcul de l’indice. Il s’agit d’un indice pondéré par la capitalisation boursière : plus la valeur boursière d’une entreprise est élevée, plus son poids est important. Si des entreprises affichent des performances nettement supérieures au reste du marché, leur part dans l’indice augmente automatiquement. Ainsi, le S&P 500 est de plus en plus dominé par des entreprises technologiques et d’intelligence artificielle, dont des hyperscalers comme Microsoft, Alphabet, Amazon, Meta et Oracle.


Différences avec la période de la bulle internet

Bien que la concentration soit aujourd’hui plus élevée que pendant la période de la bulle internet (dot-com), il existe des différences importantes. Les plus grandes entreprises doivent leur position dominante non seulement à des attentes optimistes, mais aussi à de solides résultats financiers, à d’importants flux de trésorerie et à des modèles économiques solides. De plus, leurs valorisations (par exemple les ratios cours/bénéfice) restent nettement inférieures à celles observées au sommet de la bulle internet. Contrairement aux périodes antérieures, où la concentration du marché était principalement alimentée par des attentes optimistes et des valorisations élevées, la domination actuelle des plus grandes entreprises repose sur des fondamentaux solides.


Où se situe le risque ?

Beaucoup de ces entreprises sont portées par les mêmes tendances de croissance, comme l’intelligence artificielle, le cloud computing et d’importants investissements dans l’infrastructure numérique. Si la confiance dans ces récits de croissance vient à baisser et/ou si les investisseurs deviennent moins enclins à payer pour cette croissance future, plusieurs leaders du marché pourraient se retrouver simultanément sous pression.

Par ailleurs, les investisseurs doivent rester vigilants face aux risques de concentration cachés. Un portefeuille d’actions combinant le S&P 500, un indice mondial et un fonds technologique peut sembler diversifié à première vue, mais il repose souvent sur les mêmes grandes entreprises technologiques comme principales positions.


Une participation plus large du marché

La domination des plus grandes entreprises technologiques ne signifie pas que le reste du marché est à la traîne. Un indicateur utile à cet égard est le S&P 500 Equal Weight Index, dans lequel toutes les entreprises reçoivent un poids comparable. Cela permet d’atténuer l’effet des plus grandes entreprises et de mieux refléter la performance du marché élargi. En juin et juillet 2026, cet indice a surperformé le S&P 500 classique, ce qui indique que l’évolution positive du marché est soutenue par un plus grand nombre d’entreprises.

D’un point de vue international également, le marché américain mérite d’être nuancé. Bien que la concentration dans le S&P 500 reste élevée, les États-Unis ne figurent pas parmi les marchés d’actions les plus concentrés au monde. Plusieurs indices étrangers présentent une domination encore plus marquée d’un nombre limité d’entreprises. Seuls des marchés comme le Japon et l’Inde affichent aujourd’hui un degré de concentration plus faible. Cela montre que la concentration du marché n’est pas un phénomène propre aux États-Unis, mais une caractéristique que l’on retrouve dans de nombreux marchés d’actions.

Graphique : concentration du marché (poids des 10 principales entreprises) dans différents pays

Graphique : concentration du marché (poids des 10 principales entreprises) dans différents pays

Source: MSCI


Conclusion

La concentration ne doit pas nécessairement être considérée comme un signal d’alerte. Elle reflète souvent le succès d’entreprises qui connaissent une croissance plus rapide, une rentabilité supérieure et qui ont construit une position concurrentielle forte. En même temps, il est important que les investisseurs restent conscients des risques de concentration au sein de leur portefeuille. La diversification reste donc essentielle, avec une large répartition entre les secteurs, les régions et les capitalisations boursières (grandes et petites entreprises).

Source: Investment Strategy



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