Les 3 questions à Nicolas Deltour

2 février 2026

Le cours du change eur/usd est resté remarquablement stable ces derniers mois. Pourquoi?

Depuis août, le dollar évolue dans une fourchette étroite de 1,16 à 1,18 dollar par euro. Cela s’explique par le fait que l’écart de taux d’intérêt entre les deux régions est resté assez stable. Et cela est à son tour lié à la politique monétaire. La Banque centrale européenne a procédé à une dernière baisse de taux le 4 juin. Aux États-Unis, l’inflation est plus persistante, ce qui a poussé la banque centrale américaine à ne commencer à baisser les taux qu’à partir de septembre.

Revenons un instant à avril 2025. Les nouvelles concernant d’éventuels droits d’importation avaient alors provoqué la panique chez les investisseurs qui se sont débarrassés de leurs placements américains. On avait même prédit la fin du dollar comme valeur refuge. Entre mars et juin, le dollar a chuté de 11 % face à l’euro. Cependant, le scénario catastrophe ne s’est pas réalisé. Les droits d’importation se sont révélés plus limités et ont été introduits plus lentement que prévu.

La croissance dans la zone euro est restée plus faible qu’aux États-Unis, ce qui laissait peu de raisons à l’euro de dépasser structurellement le seuil de 1,18 à 1,20 dollar par euro. Alors que la croissance américaine, portée par les investissements dans l’IA, s’est montrée particulièrement solide. Ce qui apporte un soutien supplémentaire à la devise américaine.

Ces dernières semaines, le dollar a été victime de la politique imprévisible du président américain, qui est partisan d’une monnaie bon marché et ne s’en cache pas. Pour un euro, on déboursait fin janvier 1,20 dollar.

Le dollar a certes perdu de son éclat l’an dernier, mais lors de véritables épisodes de stress, on pense que le dollar peut toujours jouer un rôle de valeur refuge.

Pourquoi le dollar australien s’est-il affaibli en 2025?

En cas de tensions géopolitiques ou économiques mondiales, les investisseurs internationaux vendent souvent rapidement la devise, comme en 2008 (crise bancaire), 2020 (corona) et en avril 2025, lorsque le dollar australien a perdu 6,5 % en une semaine face à l’euro. De fortes fluctuations sont fréquentes car le marché obligataire australien est relativement petit, ce qui rend la devise plus sensible aux mouvements de cours.

Ces derniers mois, la devise s’est toutefois redressée grâce à deux piliers de soutien:

• L’Australie est riche en matières premières telles que le minerai de fer, le charbon, le GNL, l’or, … Des prix plus élevés des matières premières sont positifs pour l’économie et la devise australiennes.

• La banque centrale devrait relever ses taux en 2026 plutôt que de les baisser. Le taux directeur à court terme s’élève à 3,60 %. Le taux à dix ans est passé de 4,1 % début novembre à 4,75 %.

Le dollar australien offre une opportunité de diversification potentiellement intéressante au sein d’un portefeuille d’obligations. L’écart de taux avec les obligations d’Etat belges oscille autour de 1,5 %. Une sorte de tampon contre les mouvements de cours de la devise. Les fondamentaux du pays restent sains et l’Australie peut profiter de la demande croissante de métaux.

Rating1 S&P/ Moody’s AAA/Aaa
Dette souveraine/PIB2 43,8% fin 2024
Surplus public/PIB 0,6% fin 2024

Le dollar néo-zélandais est faible depuis des années. Un redressement est-il possible?

Le pays a connu des vents contraires économiques ces dernières années. La banque centrale de Nouvelle-Zélande a fortement réduit son taux directeur. Depuis août 2024, elle a abaissé les taux à 9 reprises, passant de 5,5 % à 2,25 %. Cette politique semble porter ses fruits. Au troisième trimestre, l’économie a progressé de 1,1 % par rapport au trimestre précédent. La banque centrale indique que le cycle de baisses de taux pourrait toucher à sa fin. Toutefois, une hausse en 2026 ne semble pas encore à l’ordre du jour.

L’écart de taux avec les obligations d’Etat belges oscille autour de 1,25 %. Ceux qui détiennent des obligations en NZD arrivant à échéance peuvent rester investis dans la devise en les réinvestissant. Un redressement de la devise à plus long terme est possible, mais à court terme, le potentiel de hausse semble encore limité. De plus, les fluctuations de cours, tout comme pour l’AUD, peuvent être importantes.

Rating1 S&P/ Moody’s AA+/Aaa
Dette souveraine/PIB2 45,2% fin 2024
Déficit public/PIB -3,1% fin 2024

1 Qu’est ce qu’une notation de crédit

2 Bron: Trading Economics – BBP: Produit Intérieur Brut



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