12 juillet 2023

Nicolas Deltour

Nicolas Deltour
Head of Investment Strategy

Philippe Evrard

Philippe Evrard
Investment Strategy

Nos vues sur les marchés des actions ont évolué à la baisse en ce qui concerne le Vieux Continent. Plusieurs éléments nous amènent à diminuer leur poids dans les portefeuilles. Quelques explications s’imposent.



1. Croissance en berne


Les prévisions de divers analystes financiers pour ces prochaines années ne sont pas des plus réjouissantes. La croissance annuelle sera proche de zéro, et des récessions « techniques » (contraction de l’activité lors de deux trimestres consécutifs) sont même enclenchées depuis peu en Allemagne.1 Belfius Research s’attend à une croissance de 0.7% dans la Zone Euro en 2023 et de 1.1% en 2024 alors que Capital Economics est plus pessimiste, tablant sur une croissance nulle en 2023 et de 0.3% l’année suivante.


Il faut dire que la faiblesse persistante de la confiance des ménages, comme le montre le graphique ci-dessous (niveau de confiance actuel et attendu dans 1 an), laisse présager une baisse de la consommation dans les mois à venir. La stagnation des ventes au détail dans la zone euro confirme les très mauvais résultats depuis la réouverture de l'économie après la pandémie. Les perspectives de la consommation des ménages sont donc médiocres. Cela dit, les attentes des commerçants en matière de prix de vente ont été revues à la baisse récemment, ce qui pourrait entraîner une baisse de l'inflation et devrait soutenir la consommation.2



grafiek 1


2. Inflation et taux d’intérêt attendus à la baisse, mais pas tout de suite


Capital Economics prévoit que la légère récession dans la zone euro se poursuivra jusqu'à la fin de l'année. La baisse des prix de l'énergie soulagera quelque peu les ménages et les entreprises, mais elle sera en partie compensée par le retrait des mesures de soutien gouvernementales. Les ménages devraient réduire leurs dépenses en raison de la stagnation des revenus réels et de l'augmentation des coûts d'emprunt, tandis que les entreprises devraient réduire leurs plans d'investissement. Toutefois, le marché du travail devrait rester tendu, ce qui maintiendra les pressions sur les salaires et les prix sous-jacents à un niveau élevé. Alors que l'inflation globale devrait tendre vers l'objectif de 2 % de la BCE d'ici à la fin de 2024, l'inflation de base (sans l’énergie et l’alimentation), et en particulier l'inflation des services, restera plus longtemps élevée. La BCE augmentera probablement son taux directeur à 3,75 % en juillet et peut-être à 4,0 % en septembre, et le maintiendra à ce niveau jusqu'à la fin de l'année prochaine.


Belfius Research prévoit une inflation à 6% en 2023 et à 3% en 2024.


3. Niveau d’activité en contraction


Les indices PMI (Purchasing Manager’s Index)3 sont de bons indicateurs des attentes des niveaux d’activité dans un horizon court. La chute de l'indice PMI composite de la zone euro, qui est passé de 52,8 en mai à 50,3 en juin, indique toujours à première vue une légère expansion au deuxième trimestre, mais il a par contre surestimé la croissance du PIB au premier trimestre.


L'indice PMI des services s'est écarté de la tendance observée ces derniers mois et a reculé à 52,4 en juin. Dans le secteur manufacturier, les indices étaient inférieurs à 50, ce qui suggère que la faiblesse de la demande fait plus que compenser les effets positifs de l'atténuation des perturbations de l'approvisionnement et de la baisse des prix de l'énergie. Les carnets de commandes ont eux aussi fortement diminué.


4. Le grand frère américain brouille les cartes


Contrairement aux indices européens, les principaux indices aux États-Unis sont fortement exposés à certains secteurs (p.e. les valeurs technologiques qui pèsent pour 30% de l’indice MSCI USA) et également à certaines valeurs vedette. Les « Magnificent Seven » que sont Amazon, Microsoft, Nvidia, Apple, Tesla, Alphabet (Google) et Meta (Facebook) ont progressé de plus de 55% depuis le début de l’année et ont donc fait progresser le MSCI USA de 12%. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt : Sans ces 7 merveilles, ce même indice enregistre une performance limitée à 4%.4



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Pourquoi parler des États-Unis ? Car la récession guette également là-bas, et les échanges internationaux influencent fortement l’économie européenne. Le PIB de la Zone Euro est constitué en effet pour un quart des échanges avec d’autres pays, dont notamment les échanges outre-Atlantique. Le commerce mondial est en ralentissement, ce qui pèse sur nos industries – et expliquent également pourquoi l’indice PMI manufacturier est en berne.


5. Attractivité des valorisations, pas des rendements attendus


Le rapport du cours par rapport aux bénéfices (Price/Earning Ratio) du MSCI Europe est très bon marché : en moyenne, une action se paie actuellement 12,85 X les bénéfices attendus, ce qui est bien en-dessous de la moyenne historique sur 10 ans (16,41 X).5


Par contre, la croissance attendue des bénéfices du même indice est clairement moins attractive : -1% en 2023, +6,6% en 2024 et +7,5% en 2025. La moyenne historique des 10 dernières années est de 12%. L’écart est donc très grand.


Dès lors, que faire ?


Au vu de tout ce qui précède, les perspectives pour les marchés européens semblent moins porteuses pour le moment. Mais quittons la « global picture » : notre continent regorge heureusement d’entreprises robustes, qui ont de beaux fondamentaux et qui opèrent dans un marché porteur. Bref, des entreprises qui sont taillées pour traverser les nombreux nuages noirs qui s’amoncellent sans trop subir de dégâts. On pense notamment au secteur de l’éolien offshore, de la santé, des composantes pour semi-conducteurs, du tri/recyclage… où le savoir-faire européen est reconnu internationalement et offre un avantage compétitif indéniable.


Même en période de ralentissement économique, ces entreprises arrivent à tirer leur épingle du jeu. Comment les détecter ? Comment et quand les investir ? Pour toutes ces questions, nous avons des spécialistes qui pourront vous guider et vous conseiller au mieux.



1Vous pouvez consulter les chiffres macroéconomiques cités sur https://tradingeconomics/
2Source: Capital Economics – juin 2023
3L’indice PMI prend en compte les prises de commandes, la production, l'emploi, les livraisons et les stocks d’un secteur déterminé dans un pays ou une zone déterminée. Il s'agit d'un indicateur reflétant la confiance des directeurs d'achat. Une valeur inférieure à 50 indique une contraction de l'activité d'un secteur, alors qu'une valeur supérieure à 50 indique une expansion de celui-ci.
4Soucre: Performances Refinitiv entre le 01/01/2023 et le 27/06/2023.
5Source: Refinitiv



Ce document, rédigé et publié par Belfius Banque, donne la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, pas de recommandation d’investissement, ni de recherche indépendante en matière d’investissement. Si vous êtes à la recherche de conseils en investissement personnalisés, vous pouvez vous adresser à votre conseiller financier qui se fera un plaisir d’examiner avec vous les effets éventuels de cette vision sur votre portefeuille d’investissements personnel. Les chiffres mentionnés sont des instantanés et sont susceptibles d’évoluer.

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