Ukraine - quel impact sur les investissements?

24 fevrier 2022


Nicolas Deltour
Head of Investment Strategy

Le point et notre analyse La crise ukrainienne occupe le devant de la scène médiatique depuis plusieurs semaines, et l’intensité est remontée de plusieurs crans ces derniers jours. Certains points ont été clarifiés, mais d’autres incertitudes demeurent ou se sont amplifiées. 

Voici notre analyse.


Les faits

  • Novembre 2021: la Russie déploie d'importantes forces armées près de sa frontière avec l'Ukraine.
  • Décembre 2021: la Russie demande à l'OTAN de s’engager à ne pas élargir l'alliance à l'Ukraine.
  • 10-15 janvier 2022: pourparlers de Genève, entre USA et Russie, suivis d’une réunion de l’OTAN.
  • 29 janvier 2022: la Russie amplifie les exercices militaires à la frontière.
  • 15 février 2022: la Russie annonce entamer le retrait des troupes ayant terminé leurs exercices militaires.
  • 17 février 2022:
    • les USA affirment que le nombre de soldats russes n'a pas diminué.
    • les chefs séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk décrètent la mobilisation générale et annoncent l'évacuation des civils vers la Russie.
  • 17-20 février: redoublement des bombardements dans l’Est de l’Ukraine, l’armée ukrainienne et les séparatistes prorusses s'accusant mutuellement.
  • Dimanche 20 février: tension à son comble; tentative de médiation d’Emmanuel Macron; Joe Biden et Vladimir Poutine sont d'accord pour participer à un sommet consacré à la crise et donner une dernière chance à la voie diplomatique.
  • Lundi 21 février en soirée: Vladimir Poutine annonce reconnaître l’indépendance des territoires séparatistes de l’Est du pays.
  • Mardi 22 février: l’Occident annonce de nouvelles sanctions économiques à l’égard de la Russie, sans toutefois envisager d’intervention militaire à court terme.


L’incertitude reste élevée

Des sommets et des rencontres auront encore lieu dans les semaines à venir.

Plusieurs sanctions occidentales ont par ailleurs été annoncées, du moins dans les grandes lignes; elles peuvent gagner en intensité vu la tournure des événements.

Une nouvelle donne

L’attaque de cette nuit réveille plusieurs craintes, dont celles d’un choc sur les prix de l’énergie plus important que prévu et, par effet de domino, sur l’inflation et les réponses des banques centrales.


Nos vues

Contrairement au consensus qui se dessinait, nous sommes aujourd’hui face à une version plus grave, militarisée, de la crise ukrainienne. La voie diplomatique semble s’éloigner pour un moment.


Comment réagir?

Dans ce contexte, nous sommes d’avis qu’il faut garder la tête froide.

La tournure des événements surprend les marchés, qui ouvrent logiquement en forte baisse ce matin. De notre côté, nous devenons plus attentistes. Les prix du gaz et des du pétrole sont actuellement en forte hausse.

Garder le recul en ces moments troublés est la priorité.

Le « market timing » (tenter d’acheter au plus bas, pour vendre au pic) dans ce type de configuration est souvent inopérant, et toute réaction précipitée est à éviter.

Vendre de suite reviendrait à prendre la perte de l’ouverture, acheter maintenant revient à ignorer la volatilité des heures / jours à venir. Il s’agit maintenant de suivre l’évolution de la situation au quotidien, jusqu’à plus de clarté quant aux signaux d’achat, ou de vente. Le premier catalyseur à surveiller est l’ampleur des sanctions que l’Occident prendra à l’encontre de la Russie. Ces décisions pourraient ensuite impacter l’évolution du prix des matières premières. Enfin, la durée de la crise actuelle reste une inconnue.

Conclusion

Le monde est mis devant le fait accompli. Le marché a été surpris, et doit maintenant retrouver ses esprits. La Russie représente moins de 0,4% des capitalisations boursières mondiales. L’Ukraine encore moins.

Au-delà du drame humain, proprement inacceptable, l’impact du conflit portera d’abord sur l’approvisionnement énergétique et son impact sur l’inflation, en particulier en Europe, et dans une moindre mesure aux Etats-Unis. Au choc sur le pouvoir d'achat des consommateurs s'ajouterait une baisse de la confiance: les ménages réduiraient leurs dépenses et les entreprises reporteraient leurs projets d'investissement, ce qui devrait amputer les perspectives de croissance.

Ces effets indirects feront l’objet de toute notre attention dans les jours à venir, ainsi que les événements eux-mêmes, bien sûr.

À court terme, il est encore trop tôt pour se prononcer de manière définitive.


À moyen terme, nos vues sont les suivantes:


- En cas de signes de stabilisation du conflit:

  • un poids neutre ou une légère surpondération des actions
  • une surpondération de la zone émergente (dans laquelle Russie et Ukraine ne représentent pas de pondération matérielle)
  • une sous-pondération des obligations dans un contexte de hausse des taux
  • une prise en compte de la volatilité, à travers la diversification, les solutions à volatilité modérée, les produits à protection totale ou partielle ainsi qu’une exposition à des métaux précieux comme l’or
  • une prise en compte de l’inflation, à travers des stratégies investies dans des sociétés présentant un certain pouvoir de fixation des prix
  • dans une perspective à plus long terme: les mégatendances de la santé et du bien-être, de la révolution verte et de la digitalisation

- En cas de dégradation accrue, et d’expansion du conflit sur le continent européen:

  • la sous-pondération des actions
  • la surpondération de l’or et de l’énergie
  • une surpondération des obligations d’Etat de première qualité
  • une poche en USD et en Yen

N’hésitez à prendre contact avec votre conseiller pour plus d’informations. Il se fera un plaisir de vous aider.

 

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