La Belgique a récemment dévoilé son rapport économique pour le 2e trimestre. Et comme il fallait s’y attendre, notre économie a été fortement ébranlée par la crise du Covid-19 et le confinement. Notre économiste en chef, Véronique Goossens nous en commente quelques chiffres et nous donne ses impressions sur l’avenir de notre pays et ses futurs défis.


Les conséquences du confinement sont sans précédent… Selon Eurostat, au 2e trimestre, l’économie belge a reculé de 14,4% par rapport à il y a un an. Aviez-vous prévu cela? Quels sont les secteurs les plus touchés?


Les chiffres sont un peu meilleurs que prévu, mais ils restent malgré tout catastrophiques. C’est une première estimation qui peut donc encore être revue.

Le 18 mars, notre pays s’est retrouvé quasiment isolé, jusqu’à la mi-mai. Tous les secteurs – industrie, construction et services – ont été sérieusement touchés. En revanche, en raison de la nature de la crise, le secteur des services affiche des différences énormes. Selon la dernière enquête (mise à jour le 18 août) de l'Economic Research Management Group, le chiffre d’affaires du secteur «arts, spectacles et services récréatifs» était encore en baisse de plus de 80% par rapport à avant la crise du Covid-19. L’activité de l’horeca était encore réduite de 40%. Les magasins d’alimentation, qui sont restés ouverts, ainsi que le secteur financier, ont été beaucoup moins touchés.


Comment nous en sortons-nous par rapport à nos pays voisins?


Les chiffres sont comparables. En Allemagne, le choc a été un peu moins sévère: le ralentissement économique s’élevait à 11,3% au 2e trimestre, par rapport à la même période l’année passée. En France, l’économie a chuté de 18,9%. Les chiffres pour les Pays-Bas n’ont pas encore été publiés. Ils seront sans doute un peu meilleurs parce que les magasins sont restés ouverts. L’avenir nous dira si c’était la bonne stratégie à long terme.


Un confinement suscite de nombreuses discussions car il affecterait trop sévèrement l’économie.


Un confinement coûte beaucoup d’argent, mais une étude de deux économistes de Chicago montre que le coût d’un confinement strict reste relativement limité par rapport à la débâcle économique totale qu’entraîne le Covid-19. Les économistes américains ont ainsi constaté que le nombre de déplacements avait déjà commencé à baisser avant les confinements, en raison du nombre de cas rapportés de Covid-19. Avec ou sans confinement, le consommateur adapte en tout cas son comportement. Il devient plus prudent par peur de contamination ou de perte d’emploi.

Un confinement strict permet de maîtriser le virus plus rapidement. En témoignent la Chine et la Nouvelle-Zélande. Si nous prenons peu de mesures, le virus circulera beaucoup plus longtemps, ce qui engendrera une période d’incertitude plus longue. Et le préjudice économique pourrait ainsi être encore plus grand. Par peur, les consommateurs resteront encore plus longtemps à la maison et reporteront leurs achats.

Un 2e confinement n’entraînerait-il pas une vague de faillites?


Un 2e confinement toucherait notre tissu économique encore plus durement et, en outre, il faudrait plus de temps pour se relever. D’après les virologues, nous pouvons encore inverser la tendance si nous respectons tous strictement les mesures. Nous devrons accepter que le virus circule encore un certain temps parmi nous et qu’il ne soit peut-être jamais tout à fait vaincu, tant qu’il n’y aura pas de vaccin disponible au niveau mondial.

Actuellement, notre économie est temporairement en suspens. Le système du chômage temporaire, des primes de nuisance et la possibilité de reporter les remboursements de crédits réduisent les effets économiques du Covid-19. À un moment donné, de nombreuses entreprises seront confrontées à des problèmes de liquidité et de solvabilité. Il faut toutefois préciser que dans l’horeca et le commerce de détail gravement touchés, il y avait beaucoup d’entreprises qui rencontraient déjà ces problèmes avant la crise du Covid-19. Dans le secteur des loisirs, la situation est plus critique encore. Belfius Research craint que d’ici la fin 2021, 146.000 emplois soient menacés en Belgique. Et il faudra sans doute attendre la fin 2025 avant d’atteindre de nouveau un taux de chômage semblable à celui d’avant la pandémie.


Et comment sortir de cette crise?


La croissance économique et la confiance semblent être les seuls remèdes. En outre, la Belgique a un besoin urgent d’un gouvernement. D’après les analyses les plus récentes du Comité de Monitoring, celui-ci devra faire face à un déficit budgétaire qui évolue bien au-delà des 12,3% de notre produit intérieur brut (PIB). Il est incontestable que les mesures prises étaient nécessaires pour soutenir notre économie. L’endettement du pays évoluera toutefois vers au moins 122,1% de notre PIB. Il évoluera encore plus l’année prochaine. Il est important de réaliser qu’après la crise, ce ne sera pas tenable.


Qu’attendez-vous d’un nouveau gouvernement?


Il devra veiller à ce que notre pays reste concurrentiel dans un contexte international. À l’automne, les négociations porteront sur la norme salariale nationale pour les deux prochaines années. Est-ce encore d’actualité d’utiliser la même norme salariale pour tous les secteurs? Certains ne peuvent pas se permettre des augmentations salariales, tandis que d’autres sont confrontés à un manque de personnel. La flexibilité de notre marché de l’emploi constitue également un problème qui ne date pas d’hier. Il est fort probable que le débat sur l’annualisation du temps de travail revienne sur la table. Il y a certainement aussi des solutions qui n’entrainent aucune dépense, comme une politique souple en matière d’autorisations, le paiement rapide des factures par l’État, une législation moins complexe...

Je suis pleine d’espoir quant au sort de la Belgique. Au début de la crise du Covid-19, nous avons prouvé que nous pouvions agir vite. Le système de chômage temporaire a été assoupli, des indemnités ont été rapidement payées aux indépendants – alors qu’en Espagne, par exemple, le délai d’attente a été beaucoup plus long. Enfin, le fonds de relance européen est une aubaine. La Belgique doit à présent saisir l’opportunité d’investir dans une économie durable et se lancer pleinement dans la digitalisation. Il s’agit d'œuvrer à une transition qui verra la création de nombreux nouveaux emplois. Le défi de la prochaine décennie consistera à reconvertir les travailleurs et à leur apprendre de nouvelles compétences.


Ce document, rédigé et publié par Belfius Banque, donne la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, pas de recommandation d’investissement, ni de recherche indépendante en matière d’investissement. Si vous êtes à la recherche de conseils en investissement personnalisés, vous pouvez vous adresser à votre conseiller financier qui se fera un plaisir d’examiner avec vous les effets éventuels de cette vision sur votre portefeuille d’investissements personnel. Les chiffres mentionnés sont des instantanés et sont susceptibles d’évoluer.