Ces dernières années, les obligations émises par les pays émergents avaient la cote auprès d’investisseurs en quête d’un rendement supérieur. Malheureusement, ces obligations n’ont pas résisté à la crise du Covid-19 et ont vu leur cours s’effriter en février et mars. Entre-temps, elles se sont heureusement un peu redressées. Restent-elles toutefois intéressantes? Dans quelle mesure? Et quelles sont nos préférences?

Qu’entend-on par obligations des pays émergents?


Lorsque des pays en plein développement économique (tels que la Chine, l’Inde, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Turquie…) empruntent de l’argent sur les marchés financiers, ils peuvent le faire en émettant des obligations:

  • dans leur propre devise locale: les «local currency bonds»
  • ou en «devises fortes» (dollar américain, euro ou yen japonais): les «hard currency bonds»

Ces dernières années, les pays émergents les plus développés (Indonésie, Brésil, Thaïlande, Malaisie…) ont ainsi pu lever des fonds dans leur propre devise, sans aucune difficulté. En revanche, les pays un peu moins développés (Zambie, Nigéria, Angola, Équateur…) émettent plus souvent des obligations en devises fortes. En effet, peu d’investisseurs internationaux sont disposés à investir dans leur devise locale. Le pays court alors évidemment le risque que la valeur de la «devise forte» augmente: dans ce cas, son endettement se creuse encore.


Quel est l’impact de la crise?


Ces derniers mois, la propagation du Covid-19 a engendré une fuite vers la qualité. Les investisseurs se sont mis à craindre que différents pays émergents et entreprises ne parviennent plus à rembourser leurs dettes. En l’espace de quelques semaines, la prime de risque (la bonification d’intérêt supplémentaire que les investisseurs réclament par rapport à des obligations d’État américaines) pour les obligations en devises fortes de pays émergents a grimpé de 3,2 à 7,1% et, pour les obligations en devises locales, de 4,6 à 6,3%.

Ces montées en flèche des bonifications d’intérêt ont naturellement fait baisser les cours des obligations. Entre le 20 février et le 23 mars, les «hard currency bonds» ont chuté de presque 25%. Parmi les émetteurs figurent de nombreux pays exportateurs de pétrole, touchés de plein fouet par l’effondrement du cours du pétrole. Les «local currency bonds» ont, de leur côté, fléchi de 17%.

Qu’en est-il de la relance?


Depuis la mi-mars, le calme revient peu à peu sur les marchés financiers. On l’a vu, pouvoirs publics et banques centrales ont pris des mesures de relance inédites. Notamment en faveur des pays émergents, même si ceux-ci ont atteint des creux moins profonds. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi déjà accordé à plusieurs d’entre eux 6 mois de répit au moins pour le remboursement de leur dette. Et le G20 a temporairement suspendu le remboursement de 20 milliards de dollars par 76 pays pauvres.


Une «facilité de crédit centrale» spéciale est par ailleurs envisagée. Les pays émergents pourraient y verser l'argent du remboursement de leur dette, et le FMI, ainsi que la Banque mondiale, pourraient aussi y verser des fonds supplémentaires. Cet argent serait alors à nouveau prêté aux pays émergents qui en ont besoin pour lutter contre la crise du Covid-19. «À crise mondiale exceptionnelle, riposte mondiale exceptionnelle», a d’ailleurs déclaré la présidente du FMI Kristalina Georgieva.

Ces mesures ont porté leurs fruits: la prime de risque sur les obligations de pays émergents en devise locale a presque retrouvé le niveau d'avant la crise. Pour les obligations en devises fortes, les investisseurs restent plus prudents pour le moment. Leur prime de risque a également baissé, mais avec 5,7%, elle demeure nettement supérieure au niveau du début de cette année. Les baisses de taux ont en tout cas fait en sorte qu’une partie des pertes de cours ait à nouveau été compensée.


Notre choix? Les obligations de pays émergents en devises locales


Actuellement, nous préférons les obligations en devises locales à celles en devises fortes. Leurs atouts:

  • elles offrent toujours une bonification d’intérêt sensiblement plus élevée que les obligations de «pays développés»,
  • les banques centrales des pays émergents ont encore de la marge pour diminuer le taux d’intérêt et ainsi stimuler leur économie,
  • les émetteurs de ces obligations sont de meilleure qualité: ils comptent peu d’exportateurs de pétrole et la majorité d’entre eux ont une notation «investment grade»,
  • les devises locales des pays émergents sont largement plus abordables depuis quelques mois.

Une bonne diversification entre différents émetteurs et devises reste nécessaire! En effet, tant qu’un vaccin n’aura pas été mis au point contre le Covid-19, les marchés financiers resteront sujets à de grandes fluctuations.


Nous vous conseillons dès lors d'également étaler vos achats dans le temps via un plan d’investissement régulier.


Pour plus d'explications à ce sujet, n’hésitez pas à contacter votre conseiller financier.


Les pays émergents


Cette thématique fait partie de nos convictions du mois.

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Ce document, rédigé et publié par Belfius Banque, donne la vision de Belfius Banque sur les marchés financiers. Il ne contient pas de conseil en investissement personnalisé, pas de recommandation d’investissement, ni de recherche indépendante en matière d’investissement. Si vous êtes à la recherche de conseils en investissement personnalisés, vous pouvez vous adresser à votre conseiller financier qui se fera un plaisir d’examiner avec vous les effets éventuels de cette vision sur votre portefeuille d’investissements personnel.